How Yeltsin’s clan created Putin, by Nouvel Observateur

How Eltsins clan created Putin

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/ 1 ,e futur président, est la « créature » du clan Eltsine

Comment ils ont
fabriqué Poutine

C ’était un obscur colonel
des services secrets. En
quelques mois3 Vladimir
Poutine est devenu
l ’hom m e fo rt de la Russie.
U y a un secret dans cette
ascension vertigineuse :
fidèle des fidèles> anim al au
sang froid. Poutine a
conclu un pacte avec les
vrais dirigeants de la
Russie. S a carrière n ’est
pas seulement une histoire
extraordinaire d *ambition
et de cynisme. C ’est un
roman noir

£& il mais 1999, le clan Eltsine est mis abois.

» La /m ille », comme on d ii à Moscou, csi
f harcelée par la justice russe. l.e procureur
général lo u r i S ko u ra to v accum ule les
i preuves de corruption contre les proches
du vieux tsar. I a Douma menace de * meure en ac­
cusation
le président. La situation de * la famille *
est désespérée, Q ui peut la sauver ? l.e patron du
service secret, le FSH, qui monte une opération
ignoble. 11 fait tourner une vidéo pornographique,
l.e film m ontre un homme m ûr au lit avec deux
prostituées. Les scènes sont Houes, on ne reconnaît
pas l ’amant. Sur ordre, la chaîne publique K l K dif­
fuse le document cl des* journalistes * affirment,
sans preuves, que le débauché n’est autre que l’ac­
cusateur p u blic, le procureur général rie Russie,
lo u ri Skouratov. Pour achever le sale boulot, le chel
du FSH vient en personne confirm er ces accusa­
tions en prime tinte. D it-il la vérité ? l’eu importe :
le but de * la famille * est atteint, l a réputation de
l’homme de loi est détruite. lilisine peut s’en débar-

Mti\HN’OrVül.ODSI RV.VI LUU

rasser. Il suspend le p ro cu re u r tro p cu rieu x et
nomme à sa place un juriste à l’échine plus souple.
I /instruction judiciaire sur l’étrange fortune du clan
Eltsine est stoppée net en Russie. Le clan a trouve
son sauveur, son homme providentiel : le patron du
FSH Vladim ir Vladimirovitch Routine.

► Oui, c’est bien à ce moment-là que tout s’est joué,
d it le gourou électoral de “ la famille Gleb Rav-
lowski, et que routine est devenu l’un des dauphins pré­
férés d ’iiltsine. * Eu moins d ’un an, * la famille ♦ fera
de ce médiocre lieutenant-colonel du K G B un tsar.
Pour y parvenir, elle ne reculera devant aucun coup
tordu, aucun complot, aucune manipulation. Rav-
lowski avoue : ♦ lin Russie, dans ee genre de combat,
tans les moyens sont bons. Tous ! » M êm e les plus
sales. C ’est en 1996 que Vladim ir Routine est re­
péré par » la famille r. Le K rem lin a besoin d un
homme sûr pour faire l ’inventaire des propriétés ac­
quises à l’étranger par la direction du patrimoine
présidentiel. Le poste est sensible : cette direction
est la pompe à finances favorite du clan ; elle est d i­
rigée par un intime d’Eltsine, le tout-puissant Ravel
Horodine, qui utilise celte institution gigantesque
pour nourrir de multiples comptes en Suisse. Celui
qui dirigera le secteur étranger de l ’empire financier
du Kremlin saura tout des combines, des détourne­
ments de fonds, de la co rru p tio n généralisée nu
sommet de l’ Etat russe. * La famille « cherche donc
un homme aux ordres, professionnel du secret.

Elle le trouve à Saint-Pétersbourg. C ’est là, dans
sa ville natale, que Vladim ir Routine a échoué, après
la chute du m ur de Berlin. Il a passé la fin des an­
nées 80 en Allemagne de l ’Est, à Dresde, comme
officier du K G B – un parmi des centaines. Il a bien
réussi sa reconversion. Depuis 1991, il est le bras
droit du maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobt-
chak. Dans la deuxième ville de Russie, capitale du
crime et des magouilles, Routine fait ses classes et
scs preuves. C ’ est l ’ hom m e des relations avec
l ’étranger. Il monte quelques joint-ventures. Il est
mêlé à des opérations de troc louches. Il s’occupe
aussi de l’installation de casinos dans la ville de
Pierre le Grand. 11 a des nerfs d ’acier. Il est ambi­
tieux. Il est fidèle. C’est une tombe. Il est parfait.

En 1996, son mentor, Sobtchak, perd les élec­
tions municipales. Routine est au chômage. Anatoli
Tchoubaïs, le numéro deux du Kremlin, un Peters-
bourgeois lu i aussi, le connaît depuis longtemps. Il
lu i propose le poste de confiance. Routine saisit

l ’occasion. Il sait tout de suite se rendre indispen­
sable au clan. Il verrouille, il protège, *■ il est d’un dé­
vouement total >, d it le g o u ro u Ravlow ski. En
échange, il grim pe très vite, très haut. En ju illet
1998, il est nommé patron du ESB – du jamais vu
pour un simple colonel. Six mois, plus tard, c’est
l ’affaire Skouratov, Le procureur veut traîner de­
vant les tribunaux l’intendant du K re m lin , Ravel
Borodine ; la fille cadette vin président, Tatiana ; le
mari de celle-ci et, pourquoi pas, Eltsine lui-même.
Routine fait monter la fameuse vidéo. Il va plus loin
encore. * I l a tout simplement supprimé le service du
l envisage île le
nommer IVernier ministre. Il doit donner îles gages.
» Domine a coinuincu lleeevovsbi qu’il pmicgiiait “la fa ­
mille” quoi qu’il a iriiv. * Un échange ? » Boris l ’a as­
suré de son soutien compta de l’appui total de se>
ebaiiies de télévision. • I .’homme ajoute : > lions a fait
comprendre à Bouline qu’il savait des choses sur lui, sur
son passé à Stiint-Dcienbourg. • Au cas ou…

I/accord conclu, Berezovski reprend son avion
p rivé pour rejoindre son immense propriété au
Cap d ’Antibes, le château de la Garoupe, Il y re­
trouve Tatiana, la fille d’Eltsine, et Valentin louma-
chev, le plus pioche conseiller du président (poste
qu’il occupe toujours auprès de Poutine…). Ils lotit
du ski nautique et du parachute ascensionnel. Ils
sont rassurés d’avoir trouvé leur « créature «.

Selon le politologue Boris Kargaliiski et plusieurs
journalistes russes, un second pacte secret aurait été
scellé en 1”rance, ce même mois de juillet, dans une
autre villa de la Côte d ’Azur. Chez le riche mar­
chand d’armes Adnan Kashoggi, les frètes Bassaïev,
chefs de guette tchétchènes, auraient rencontré le
numéro deux du Krem lin, le patron de l’adminis­
tration présidentielle, Alexander Volochine, un an­
cien associé de Berezovski. Les ♦ conjurés * se
seraient mis d ’accord sut un plan d ’attaque du Da-
gttestan par les forces tchétchènes et sur une ré­
pliqué de l’arm ée russe. I .e but de ce com plot i
Détourner l ’attention de l’opinion publique, faire
oublier les affaires et asseoir la popularité du nou­
veau Premier ministre. Poutine et Berezovski se se­
raient entretenus de cette stratégie machiavélique à
Biarritz. Vrai ou faux ?

Il y a une certitude : le Kremlin a envisagé très toi
d ’intervenir en Tchétchénie dans une perspective
purem ent électorale. L’ancien Premier m inistre
Scrgüeï Siepachitie, le prédécesseur de Poutine, ra­
conte : « / Ks le omis de mais (N 1)1 .R : c’est-à-dire au
plus chaud de l’a ffro n te m e n t avec le procureur
Skouratovl, nous a ions établi des plans pour attaquer
la Tchétchénie. Il s’agissait seulement d’occuper une
parue du territoire et d’eueerelec le reste. Il n ’éiait pas
question de raser (hozny… < Un ancien membre im ­ portant de l ’administration présidentielle précise ; - l e plan Stepaehine avait été accepté par Lbinc, l'en- eeieletttent de la Tchétchénie devait commencer le 15 août. ■■ Mais Stepaehine est remercié le à août, une semaine avant la mise en action de son plan. Pourquoi ? Pour ne pas gêner l’exécution de l’ac­ cord sectet Bassaïev-Volochine su r rentrée des Tchétchènes au Daguestan ? Voulait-on o ffrir au nouveau Premier ministre la possibilité de menet une autre guerre, plus dure, plus payante éleclontle- ment que celle prévue par Stepaehine ? I * 9 août an matin, Eltsine nomme Poutine Premier ministre et le désigne comme son dauphin. Un membre in Huent de l’administration présidentielle raconte la suite de la journée : < I ’eis 16 heures, réunion des prin­ cipaux conseillers du président, l e thème : comment vendre V ladim ir Bouline éi l'opinion mondiale ? •• i Bouline était le troisième homme des services secrets nommés Bremier ministre en quelques mois. I l nous fa l­ la it un concept vraim ent o rig in a l. <■ L ’ancien du Kremlin ajoute ; » Botir trouver l'idée, ou scrutait les sondages, lit quelque chose mua a frappes ! ( ht venait juste de commander une étude sur les leaders préférés des Russes. Le résultat était incroyable ; le premier, ce n ’était n i Lénine, ni Staline, mais Brejnev, lit tour de suite après venait lo tir i Audropov, oui, Anclropov ! <• Ce dernier est le mythique patron du K G B des an­ nées 70 qui deviendra numéro un soviétique à la m ort de Brejnev, en 1082. •> L’idée nous est venue

90} \ I NOl’VI I.OlkSI’.KY.VI I LK

alors (mit naturellement, conclut l ’homme. Bouline
sera un Audropov à visage humain. *
Au Kremlin, l’équipe des *• PR

les responsables
des relations publiques – les ■> DRchiki s comme on
les surnomme à Moscou – , lance la mode Andro-
pov, Pespion-qui-aimaitTordrc-et-la-discipline.
Pour coller :i cette image, ils conseillent à Poutine
d ’ adopter un p ro fil bas : • Discrétion, réponses
concrètes, liés comtes, très logiques, sans trop de dé­
tails. > On écrit au nouveau Premier ministre des
discours durs sur la Tchétchénie, * le seul sujet où il
pouvait être crédible ; personne ne l’aurait écouté s’il
avait parle d’économie ou de social k

On fait également tout pour le démaïquer dT.lt-
sinc, le vieux tsar malade et corrompu. « On leJtlme
en train de foire du judo, explique le gourou Pav-
lovvski. I l s’agit de montrer qu ‘il est jeune et bien por­
tant. l i t puis, pour le Russe moyen, e ‘est un sport
populaire, pas comme le tamis, ce divertissement de
riches qu’liltsinc pratiquait. < Pavlmvxki ajoute : <■ Il fallait aussi insister sur sa ville d'origine, Saint-Beters- bâttrg. C'est la capitale intellectuelle, la ntic la plus libe­ rale du pays, la capitale de l'empire aussi. Ras un mut de province, comme Svetdlovsl;, le fie f d'L.lisine, Bat comparaison, Routine est apparu bien élevé, éduqué... >

Malgré les efforts des RRchilti, la courbe de popu­
la rité de P o u tin e reste désespérém ent plate
pétulant tout le mois d’août au mieux, 7% d ’opi­
nions favorables,

Début septembre, c’est le coup de théâtre : deux
bombes explosent à Moscou. Hiles tuent plus de
500 personnes. Sans preuves, le pouvoir attribue les
attentais aux Tchétchènes. Beaucoup désignent les
services secrets russes. Personne, aujourd’hui en­
core, n’a éclairci le mystère. L ’é m otion est im ­
mense. Poutine le sait et s’en fait le porte-voix. « On
va buter les tet racistes jusque dans les chûmes », promet
l ’ancien guèbiste devant les caméras de télévision.
La phrase n ’a pas été concoctée par les DRcliilsi.
(Test du Poutine pur. Il a trouvé son style et il tait
un tabac. » La fa m ille s n ’en espérait pas tant.
. Qu’on le veuille ou non, Bouline a su parler aux gens,
calmer Ictus angoisses et, du coup, sa cote de popularité
a grimpé eu flèche “, dit Alexander Oslon. le patron
de l’institut de sondages Opinion publique, qui réa­
lise chaque semaine pour le Kremlin une batterie
d ’enquêtes. Le 30 octobre, Oslon réunit quelques
journalistes pour leur dite que Poutine a battu le re­
cord du général I.ebcd. « Il venait dé faire 29%, je
pensais que c’était lèt un maximum. * Nouveau coup
dur pour le K re m lin : le scandale de la Bank ol
New York révèle que le gendre d*E ltsine a un
compte de 2 m illions de dollars dans les îles Caï­
mans. Et les élections législatives sont imminentes
« I ;t famille <* n’a pins le choix, il faut écraser les ad­ versaires et faire place nette à Poutine. Le dan mot toutes ses ressources dans la guerre électorale, u ti­ lise tous les moyens. Les deux principales chaînes du pays soutiennent l ’Unité, le parti tout neul de Poutine et de • la famille • : RT R, qui est la chaîne d ’Etat, et O RT, que dirigent les hommes de Bere­ zovski. Pendant les trois derniers mois de l ’année, les deux canaux déversent un torrent de houe sui les deux adversaires du clan, Primakov c i Loujkov. Vrais ou faux, les documents compromettants (les laineux Kompromuts) pleuvait. Bénédicte Berner, de l ’Institut européen des Médias, a analysé en dé­ tail toute la campagne. Elle dit ; > C’est la guérie de
l’information la plus sale à laquelle j ’ai jamais assiste. >
Scrgucï D o rc n k o , l ’ anim ateur vedette d ’une
ém ission du d im an ch e so ir sur O R P, ou p ro ­
gramme immensément populaire – plus 40 do m il­
lio n s de spectateurs !
, n’ y va pas par quatre
chemins. Sans preuves, eu d iicct et des semaines
durant, ce féal de Berezovski accuse Primakov et
son puissant allié Loujkov de meurtres, de corrup­
tion, de maladie… > lit il a fin i par a w ir leur peau <, reconnait le patron de l'agence officielle tusse Rea- N o v o s ti, A le xe ï V o lin e . D o rc n k o , I l ans, ne cherche même pas à se justifier : » O u i,J 'a i tapé aussi jo n que j'a i pu. fie voulais que Ranime gagne. ( Best le seul qui peut extei miner les Tchétchènes. i\ lente si je trouve qu 'il est un peu mon. * N ikolaï Svanid/c anime une autre émission politique sur la chitine publique R I R. Il avoue : « Si nous avions été neutres, /'mitre camp aurait peut-être )wi[\>rtè les élections. •

•i La famille ” lait pression pat tout. Un ancien du
Kremlin raconte : ■; La clé, c ’était les régions. Il fallait
eonvaincre les gouvernai)s, tour-puissants dans leur
fief, de faire gagner le parti de Routine. • Comment (
* Bar le chantage. Aux plus vertueux an menaput de
couper les lignes de i redit. Aux plus soi rompus on rap
pelait que la police fédérale pouvait enquêter sur /’o ri­
gine de leur foi mue. • Ce n ’est pas tout. Vyatchcslav
Nikonov, politologue réputé, décrit ce que l’on ap­
p e lle à M osco u les « te ch n o lo g ie s p o litiq u e s
noires » : • ‘lotîtes les lois électorales ont etc violées par­
tout. Dans chaque grande ville, le ministère de l’Infor­
mation a envoyé des listes de personnes mises à l’index,
interdites d’antenne radio et télé. Un a acheté dans la
presse régionale des quantités d’articles favorables à
l’Unité sur fonds publies. ( ht a disuibuc des traits men­
songers partout. On a bourré des mues. « Le 19 dé­
cem bre, l ’ U n ité gagne les élections. M ais * la
famille ne peut en rester là. Le scrutin présiden­
tiel est dans six mois une éternité pont un clan
traqué par la justice. Il faut profiter de l’élan des lé­
gislatives. Il faut convaincre Eltsine de démission­
ner et avancer la date de l ’élection présidentielle.
Après avoir humilié ses adversaires et massacré des
m illie rs de Tchétchènes, Poutine est le sauveur
tain attendu par le clan, Sa popularité s’envole vers
des sommets inimaginables ; 40% en novembre,
50 en décembre. Eltsine doit partir. Mais le vieux
p a rra in résiste. * Le 25 décembre, e xp liq u e un
membre de l’administration présidentielle, Idisiiie a
enregistre scs vecux télévisés. * ( . ’est la premicie \e i-
sion – elle est traditionnelle. Elle ne passera jamais
à l’antenne. Car le lendemain ht justice suisse lance
un mandat d ’arrêt international contre Pavel Boro-
dine, Pâme damnée du clan. Désespéré, Eltsine dé­
m issio n n e le 31 déce m b re . C ‘e s t V a le n tin
loum achev q u i lu i a é crit son discours. Eltsine
ajoute une phrase de son cru : < On m'a lait com­ prendre que c'était nécessaire... * Quelques heures plus tard, le président par intérim , Vladim ir Pou­ tine, signe son premier décret : il garantit l'im m u ­ nité totale à Boris Eltsine et, de fa it, à toute sa V I N C llN T J A V V liliT famille. Monde Révélations sur un agent secret devenu président I ki espion nom m é Poutine Avanl d'être propulse an sommet du pouvoir russe, Vladimir Poutine a mené mie longue carrière au KGB. Fasciné par le monde de la clandestinité, il cherche à devenir « illégal » des services spéciaux. Quel rôle a-t-il joué dans l'espionnage soviétique ? Comment cet itinéraire caché a-t-il marqué l'homme qui va diriger le plus vaste pays du monde ? K enquête de Vincent j/ouvert h 1977, Vladimir h u it inc a 25 ans cl uu seul lève : devenir un <• illé­ gal ;• du KGB. Dans le jargon des services spéciaux soviétiques, un illégal est un espion qui vit dans un pays étranger, à l’Ouest le plus souvent, en se taisant passer pour un autochtone. C'est le plus secret des agents secrets. I.'illé ­ gal a tout abandonné pour accomplir sa mis­ sion : son pays, sa la m ille, ses amis. S’il est ai tété, il ne bénéficie d'aucune couverture diplomatique. L ’illégal s’est donné corps et finie à la Loubiaitka. C'est un d u r, un sei­ gneur de l'espionnage soviétique. Un modèle pour le jeune Poutine, le futur tsar. lin 1077, son rêve peut devenir réalité : comme ■> le Nouvel Observateur* est en me­
sure de le icvéler, Vladimit Poutine est admis
à l ’école des illégaux à M oscou. Il b rû le
d’être envoyé derrière la ligne de front, en
l’A lle m a g ne de l ’Ouest
le p o in t le plus
chaud de la guerre froide. Dans cette école
ultrasecréte, Pouline travaille avec acharne­
m e n t. Il app re n d à se fo n d re , à passer
inaperçu, dans sa future patrie. De l ’A lle­
magne capitaliste, il doit tout savoir, l’h is ­
toire, les coutumes, la cuisine, les blagues ;
son allemand devient parlait, il parle même
plusieurs dialectes a merveille (aujourd’hui
encore) ; il s’initie a la clandestinité, il révise
chaque détail de sa <■ légende : son nouveau nom, son faux métier, son histoire familiale concoctée par le K G B .., Il d o it connaître cette égende comme sa propre vie. M ais tous ses e ffo rts sont vains. A la lin des douze mois d'études. Poutine n ’est pas choisi, il n ’entrera pas dans le saint îles saints du K< JB : le département S le service des illégaux, Son rêve se brise. Malgré cct échec. Poutine va rester seize ans au KG B, jusqu'en 1991 toute sa jeunesse. Il ne sera jamais envoyé en poste à l'O uest, seulement en RDA, à Dresde. Une ta n ière quelconque. Jusqu’à la chute du mur de Beilin. il non n’imaginera pas M:\HSOVXV.l OHM-UVAlliUK Vladimir Poutine et Youii Sergueïevitch, un de scs chefs du KGB, û la pu des années 70, et. cf-contre, nvec sa première plie <) Dresde en 1985 : l'année où il rejoint son poste en PDA. d'autre. Il est entré au K G B comme on entre en religion. L'espionnage, le recrutement des agents, la clandestinité, voilà sa vocation. Pendant toutes ccs années, il est lie r de sa pallie, l ’URSS, et du Parti communiste dont il est mi membre actif. Il n ’aime ni les dissidents ni l’Otan, - lîpéc et bouclier - de l'iitn t socialiste, le service secret est sa seconde famille, son clan. Aujourd’hui encore. Depuis qu’ il est sorti de l'om bre Pou­ line paile très peu de sa carrière au KGB. Il l’utilise seulement comme argument pu­ b licita ire auprès des nostalgiques de la grande URSS. Que sait-on exactement de la vie secrète du nouveau président t tisse ? C ’est a 17 ans que Vladimir Poutine en­ tend l'irrésistible appel du KGB. Il a vu tous les films îles James Bond soviétiques. Il est fasciné. - Dons ce» films, une seule per­ sonne est plus ej/uuce que tonte une année », laconte-t il dans le livre-entretien que son service de relations publiques vient de pu­ b lie r. Pouline est en prem ière dans un lycée spécialisé en chimie. Il est plutôt bon élève et surtout excellent judoka. Il veut être espion. Un jour, il pousse la porte du K G B à Leningrad, sa ville natale. Il veut s’engager sur-le-champ. Un sous-lilie le rem b a rre . Il lu i conseille rie fa ire ries études de droit ; < Ce ip t'ily a tfc mieux pont être embauché (lies nous. < Va pour le droit ! Poutine décide d ’en- r trer à l’ université juridique île Saint-Pc- / ? tersbourg. Des années plus tard, quand il ■ s’installera au Kr emlin, on écrira que cette faculté est. à l’époque, le lieu le plus libe­ ral, le plus ouvert rie la ville, là rem ! On y forme quelques avocats, mais surtout des commissaires rie police, qu'en URSS on appelle juges d’iustme- tion. C’est une école rie llics. Le père de Poutine est dévu rie son choix. Il n’est pas le moins du monde hostile aux services spé­ ciaux : il était m em bre du N'KV'D pendant la guerre. Il n’a rien contre le Parti communiste, loin s’en faut ; son père, le grand-père de V ladim ir, était le cuisinier rie Lénine et de Staline, et lui- même est le numéro un du Parti dans son atelier il est conircmaitre dans une usine rie wagons à Le- 3ofo3/oO jo u rd 'h u i q u ’ il n ’a jamais participé à tout cela. O ilivie r de renseignement, il était seulement au courant de ces puniques ignobles par des discus­ sions de cantine. Rien déplus, d it-il. Soit. Poutine a un hou début de carrière. Il passe six mois dans une école opérationnelle. Il y apprend les iiidim ents du métier, Puis il rejoint l'unité de contre-espionnage du KGB, toujouis à Ix-ningrad. Les léstiitals de ce service sont exécrables : en vingt ans, il n'a pas démasqué un seul espion, écrit dans ses Mémoires l'ancien numéro deux du K< il>
de la ville, le général Oleg Kalougine. Mais Pouline
n ’en souffre pas. Il est bien noté. On l’envoie à
l’école des illégaux. Au bout d’un an, il revient à
I eningrad, l’orgueil en berne,

Il n’a pas tout perdu. A 26 ans, il est admis dans
la première direction principale du KG B, la plus
prestigieuse, celle de l’espionnage extérieur. Il n’est
pas un illégal, mais un officier moyen parm i des
m illie rs (cette d ire c tio n co m p te 12 0 00 p e r­
sonnes I). Dans le jargon, il est intégré dans la ligne
PR, le renseignement politique. Il travaille contre
V* adversaire principal » : l’O tan. A Leningrad, il
fait de l ’espionnage extérieur <• à p a rtir du te rri­ toire v : il s’agit de recruter des diplomates, des hommes d ’affaires, des scientifique!» étrangers de passage en URSS ; ou de repérer parmi les rares ci­ toyens soviétiques autorisés à voyager à l ’Ouest ceux qui polluaient être utiles aux services secrets. II n’est que ju n io r : il participe à des opérations com m e e xé cu ta n t, il ne les d irig e pas. Que ehcrche-l-il ? A cette époque, le début des années NO, la direction du KG B n ’a qu’ une seule obses­ sion : déterminer quand l ’Otan va déclencher l'at­ taque nucléaire qu'elle croit imminente ! Pour le savoir, elle lance l’opération Ryan : elle mobilise tous ses agents dans le monde et en URSS ; ils doi vent relever le moindre indice d ’une activité sus­ pecte des forces atom iques de l'O ta n . Poutine participe sans doute à cette monumentale ineptie. list-il bon ? * Non, dit sans hésiter le général Ka­ lougine. Il n \i rien fiiii ik hiiuinjihiblc. % m ’eu sou- vicihlnih. * Pourtant sa carrière suit son cours. Poutine doit partir à l’étranger. Avant, il faut qu’ il trouve une femme. G’csi la règle au K (ïB : un ccli bataire est trop fragile. Pouline rencontre Lyuil- m illa au théâtre. Bile est hôtesse de Pair et plus jeune que lui. Au début, il lui dit qu’il est commis­ saire de police, sa couverture otliciellc. Il a du mal à se découvrir. Poutine le reconnaît lui-m êm e : c’est un vieux garçon dans l’âme. Il met nuis ans à se d écider. Puis il épouse celte jeune femme blonde, avec laquelle il aura deux tilles, Macha cl Kalia (qui ont aujourd’hui l r> ci I I ans). Lu 1983,
il est donc prêt a affronter les belles étrangères, a
sortir d ’ URSS.

Poutine a i l ans, il est major et il fait toujours
partie des cadres montants pas un crack, seule­
ment un espoir. Il entre à l’académie du renseigne­
ment extérieur à Moscou qui s’appellera bientôt
In s titu t A ndropov (c’est to ujours son nom au­
jo u rd ‘h u i). Dans cette école .supérieure ne sont
admis que 300 élèves par au. Pour se présenter, il
faut être ni juif ni membre d’une communauté na­
tionale déportée dans les années 40 (tchétchène
par exemple). I .es éludes durent un an.

Comme chaque étudiant, Poutine reçoit un nom
d ’em prunt. La première lettre est la même que
celle de son véritable patronym e, c’est la règle.
Pouline devient le camarade l ’ Iatov. Il travaille
beaucoup. Il suit les conférences d ’espions cé­
lèbres. Régulièrement il passe une semaine à la
” villa -, un sentie d’entrainement. Il peaufine sa
te ch n iq u e d ’ o ffic ie r tra ita n t : re cru te m e n t

.VI MARS–s AVRIL

lif

ningrad. Seulement voilà : l’hom m e a d’autres
rêves pour son lils. (îià cc a scs résultats sportifs,
« Yolodia « pourrait faire une école d’ingénieurs.
Mais Vladim ir n ’eu démord pas : il fera la tac de
droit, il sera guébiste.

list-il bon étudiant ? Impossible de le dire. De­
puis qu’il a été désigné dauphin d ’HItsinc, lous ses
carnets de notes ont été retirés des archives de
l’université, lin tout cas, il obtient son diplôme eu
1975. Cette année là, Andre’i S’akharov revoit le
prix Nobel de la Paix ; par mesure de rétorsion, le
physicien est désigné > ennemi public numéro un »

par le patron du KG B, hum Andmpov, riiom m e
que Poutine vénéré tant, aujourd’hui encore.

Son diplôme en poche, le jeune Vladim ir intègre
le KC.lt de Leningrad, là , comme ailleurs, le ser­
vice secret est d ’abord une gigantesque machine de
répression : f 000 personnes et des moyens illim i­
tés. Au quartier général, un imposant immeuble
gris sur l’avenue lateiny, plus de 1 000 agents tra­
vaillent jour cl nuit au service des écoules télépho­
niques. Les guébistes in filtr e n t les grim pes
underground, enferment les dissidents dans des
hôpitaux psychiatriques… Poutine affirm e au­

KB338

il ^ c n ts , organisation do rendez-vous .secrets, sut
veitlanee des contacts…

Il lève toujours d ’être envoyé en RFA, sous cou­
verture d ip lo m a tiq u e ce lle lois. M ais quelque
chose cloche chez lui. Le colonel M ikhaïl l ’rolov
était professeur a l’Institut Andropov. A la journa­
liste russe Katalia Cmevorkian, il a expliqué : ■ l’on-
line avait un défaut : il et,ni reiifet nié, peu smial’le. *
Autant dire, un piètre animateur de réseau. Fl puis
il y a ce dossier que Foiiline décom i ira des années
plus lard. A peine nommé patron du FSH pat Fil
sine, en 1998, il veut savoir ce que ses supérieurs
pensaient viaiment de lui. lit il découvre ce juge­
ment disqualifiant : • Pas assee semible un J,mger, •
Pouline ne saii pas eapier les signaux menaçants :

M on sie u i Adam ov, d irccte m de la M aison de
l’A m itié germano-soviétique à Leipzig. Quelle est
sa mission ? Ou a ic i il qu’il faisait du renseigne­
ment technologique. A l’époque, Dtcsde est le
siège de la principale fabrique d’ordinateurs du
bloc soviétique : Koboiron. Poutine aurait utilisé
les allers et venues des ingénieurs est-allemands et
occidentaux pour soutirer des inform ations se­
crètes sur IB M ou Siemens, On dit aussi que ses
agents auraient subtilisé les plans de l’Eiirofighter,
l’avion de chasse européen. Pouline dément. Il a
toujours appartenu à la ligne PR (l’espionnage po­
litique et stratégique), jamais à la ligne X (le rensei­
gnement in d u strie l). ■ Je travaillais un les partis
[ouest-allemands), a-t-il raconté à la jour-

KGB. Il reçoit la médaille du M érite de l’Armée
populaire allemande ■ une médaille en chocolat.
Aux dires des spécialistes, c’est une distinction sans
valeur qui est remise a tous ceux qui n’ont pas fait
de vagues… Poutine assiste aux premières loges à la
révolution de novembre I ÿS9 en RDA. Il voit les
locaux de la Stasi, l’infâme police politique, sacca­
gés. Il est choqué. Il ne comprend pas cette v io ­
lence • désordonnée . i l dit n’avoir jamais vu de
répression en RDA, bien qu ‘il ne nie pas qu’elle ail
existé… Il est inquiet aussi. Un jour, le bâtiment du
K G B est encordé par la Ionie. On appelle Moscou,
on demande du renfort. Mais le Centre, comme on
d it, ne répond pas pendant une journée. C ’est
l ’agonie de l’empire. Il faut déguerpir. Des jours
entiers, Pouline et ses collègues brûlent leurs ar­
chives dans des poêles. Puis ils plient bagages, l ’oit
line a mal â l’URSS ci au KGB.

lin janvier 1990, il retourne à Leningrad. Ses
amis le surnomme < Stasi ». Il a une nouvelle cou­ verture : assistant du iccteui de l'université chargé des relations extérieures. On dit qu’il est la pour es­ pionner les premiers mouvements démocratiques, Il nie, Il n ’a rien fait d ’autre que travailler â sa thèse. Soit. Bientôt, un de ses anciens camarades de la lac de droit le lecommandc au maire, le po­ pulaire Auatoli Sohtchak. Ses supérieurs acceptent que Poutine aille travailler auprès de lui. Mais la double allégeance est intenable. On veut le faite chanter, d it-il, révéler son passé. Il a peut aussi, semble-t-il, d'être traité comme ses copains Poutine (2° à gauche) nu ski avec des amis en 1975 avant d'intégrer les rangs du KGB ri Leningrad. Et (photo du bas) avec ses collègues espions au début des années 80. de la Stasi, jetés en p rison dans l ’Allem agne unifiée. Dans le monde neuf qui s'annonce, il veut se refaite une virginité. Il écrit une première lettre de démission à la l.oubianka, le siège du K G B , début 1991. Puis une seconde après le putsch d'août 19 9 1. « de fu t la dérision la plus Jijfieile de ma vie dit-il aujourd’hui. en te ttitoirc ennemi, il peut meute en péril une opération - et tous ses agents, A la tin des études, il n'est doue pas envoyé en R FA, mais dans un pays livre, en Allemagne de l’Iist. C ’est plus sûr. Dans le jargon, la RDA est « une province du KG B ». K n illio isl, pics de B e r lin -I's i, est mémo le plus grand centre européen du set vice secret so­ viétique. Le K G B a des » liliales» dans I l villes du pays. Au total, il y emploie plus de f> 000 personnes, dont ■ à peu
près l (JOd espions opérationnel’
d ’après
Mariais Wolf, le patron de l’espionnage
est-allemand.

M ille espions ! D ont Poutine. Lu
1085, quand Gorbatchev s’installe au
Kremlin, le jeune otlicier (il a U ans) est nommé â
Dresde, la troisième ville de RDA. Un trou. Il s’y
installe avec sa femme, sa lille Macha et bientôt
Kalia qui naitia là. Ils occupent un deux-pièces
dans un immeuble de la Stasi, la toute-puissante
police secrète est-allemande. Leurs voisins sont ses
collègues du K( ï ll et des olliciets de la Stasi. Dans
la dictature esi-allemande, il est heureux. Sou b u ­
reau est situé dans une maison gtise, au numéro -I
de la rue Augelika. C ’est a dix minutes a pied de sa
maison
II rentre déjeuner chez lui. chaque midi,
comme tous ses collègues. C ’est un fonctionnaire
du renseignement.

La plupart du temps, Poutine et ses anus tra ­
vaillent à visage découvert. Ce n ’est q u ’en opéra­
tion, lorsqu’il – manipule <• un agent, que Pouline utilise une couverture ; la plupart du temps, il est r.s 11 RlII VII imst-KV.VII I K A -t-il vraiment rompu toutes les amarres r De­ puis qu 'il est président, il place quantité d ’anciens officiers du KG B à des postes sensibles. Parmi les plus voyants : Sergueï Ivanov, secrétaire du Conseil de Sécurité, Vladim ir Ivanov, responsable du per- , sonne! au Krem lin, N ikolaï Palrushcv, patron du | FSH, le service secret... Plus inquiétant encore : j comme numéro deux du FSB, Poutine a désigné ! Viktor Chetkassov. Cet homme a fait toute' sa car­ rière à la cinquième direction du K G B à Lenin­ grad. chargée de la chasse aux dissidents. Dans les années 80, il a arrêté de nombreux intellectuels. Récemment il a fait emprisonner le militant écolo­ giste Alexandre Nikitine. Rompues, les amarres r Depuis q u ’ il est au Krem lin, Poutine voit régulièrement l ’ancien pa­ tron du KG B, Krioulcltkov, le chel du putsch de 1991. Il ne s’en cache meme pas. Rompues les amarres ? I.e I 1) décembre dernier, a la Loubianka, on célébrait connue chaque année la fête de la sinistre Tchcka le I\ ( ï B des années 20, le bras armé de la ' terreur rouge ». Au ban­ quet, quelqu’un a proposé un toast ; » Que tous les teliékiaes se lèvent. » Comme un seul Immme, tous se sont dressés, au garde-à-vous le colonel de ré- serve Vladim ir Pouline aussi. naliste N’atalia Guevorkian, les tendances éi Piniéncw de ilia a tn d'entre aie, les mouvements de personnes. Je elieieluis aussi à saioir ee qui se passait dam le minis­ tère des Affaires él imper, < [à Boim| notamment sa fxidtion air le désarment, nt. » Dans les archives de la S tasi, q u i sont a u jo u rd ’hui étudiées par un com ité spécial (la commission Gauck), le nom de Poutine apparait au moins une fois. I v 20 mars 1989, le patron de la Stasi de Dresde écrit une lettre de protestation à son homologue du KGB. Il se plaint des méthodes de travail de l'o fficie r Pouline, qui, pour recruter des agents, essaie de déhancher les siens... lin RDA, Poutine n ’accomplit pas de grand fait d ’armes. Mais il est toujouts bien noté, lin quatre ans il monte doux échelons. Il est aussi l’un des pa­ nons du Parti communiste de la représentation du

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