Detailed report on the SPAG company and its network in Switzerland, written in French language. Attention: we can’t attribute this document to any official or private agency. However, its detailed content invites further investigation.
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Situation historique
Le 31 décembre 1999, déjouant tous les pronostics des experts de toute nature, le
président russe Boris Nikolaevich Eltsine passe le témoin à son dauphin Vladimir
Vladimirovich Poutine. Ce dernier, dont l’ascension dans les sphères du pouvoir
russe s’est déroulée en un peu plus de trois années, est démocratiquement élu à la
charge de président de la Russie lors des votations présidentielles du 26 mars 2000.
Quelque deux ans plus tard, nombreux sont ceux qui s’interrogent toujours sur les
méandres de la carrière de l’actuel président russe, ainsi que sur ceux qui sont à la
base de sa fulgurante montée au pouvoir. Notre propos ici n’est pas d’apporter la
réponse aux interrogations multiples qui y sont liées, mais de présenter certains des
éléments de réponse qui nous semblent avoir joué un rôle dans cette évolution
contre nature, même dans une société ayant rapidement rejeté le soviétisme.
Les dessous de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Vladimirovich Poutine ne peuvent
se dégager que si l’on a un minimum de connaissances de son parcours, d’abord au
sein du KGB, puis à la Mairie de St-Pétersbourg et enfin au Kremlin. Et encore,
ces périodes de sa vie, soumises à beaucoup de conjectures en raison de plusieurs
zones d’ombre, ne peuvent, et ne pourront, un tant soit peu s’éclairer qu’en portant
un regard attentif sur ses actes depuis qu’il est président du pays. Un regard attentif
et des analyses de tous bords ne vont sans doute pas être suffisants pour pouvoir
apporter des conclusions ne souffrant aucune contestation, tant le jeu au Kremlin et
dans les cercles plus larges de la vie moscovite sont subtils et sensibles aux
moindres influences d’un grand nombre de paramètres.
Les deux années qui viennent de s’écouler nous montrent que le nouveau président
russe ne dispose pas d’une entière liberté d’action dans ses choix et décisions,
soumis qu’il est encore aux influences et intrigues des courtisans qui ont régné au
cours des dix dernières années dans les couloirs du Kremlin et qui sont, pour partie
à la source de son ascension au pouvoir. Des changements importants sont
intervenus depuis mars 2000, avec la mise en place de structures différentes, telles
que les nouvelles régions administratives à la tête desquelles ont été placés des
hommes du nouveau président, ou encore une tentative de reprise en mains de
certains secteurs économiques et stratégiques, jusqu’ici monopolisés par la classe
fermée de ceux que l’on a appris à appeler les oligarques. Même l’attitude adoptée et
les décisions prises à la suite des événements du 11 septembre 2001 peuvent être
mises à l’actif ou au passif du dirigeant russe, selon le regard et l’interprétation que
l’on en donne.
Notre propos dans le présent consiste en premier lieu à étudier la présence de
Vladimir Vladimirovich Poutine à la tête de la Russie en mettant en lumière des
éléments et faits extérieurs à la Russie, concernant l’Europe occidentale et la Suisse
en particulier. Nous sommes en effet de l’avis que, d’une part la carrière de Vladimir
Vladimirovich Poutine ne se comprend sans étudier les liens qu’il a pu avoir
directement ou indirectement en dehors de son pays d’origine, d’autre part que la
situation interne actuelle à la Russie, mais avant tout à St-Pétersbourg, découle
notablement des relations, faits et décisions qu’il a eus et pris au cours des périodes
couvrant son séjour en Allemagne de l’Est et sa fonction à la Marie de St-
Pétersbourg. Peut-être même qu’il ne serait pas totalement inconsidéré de penser
que son arrivée au pouvoir suprême n’est pas la résultante d’un jeu uniquement
interne à la Russie, mais influencé – d’une façon difficle en l’état de quantifier il est
vrai – par des initiatives que nous qualifierons « d’occidentales ».
Pour tenter de comprendre la suite du présent, un bref rappel historique est
nécessaire. En tant qu’officier du Komitet Gosurdarstvennoï Bezopastnosti (KGB),
Vladimir Poutine est affecté de 1985 à 1990 à un poste à Dresde, ville à l’époque
encore sise en Allemagne de l’Est. Cette période correspond d’une part à celle au
cours de laquelle Mikhail Sergeevich Gorbatchev a été Premier secrétaire du
PCUS confronté à l’imminence de la faillite du système et aux premières fissures
graves apparues dans la société soviétique, tiraillée entre la rigidité du cadre étatique
et les velléités de libéralisation économique réveillées par la perestroïka. A cette
époque, alors que le système se lézarde à l’intérieur, les hauts dirigeants du pays
ayant pouvoir de décision sur le complexe militaro-industriel et les grands
conglomérats d’Etat perçoivent cette évolution et s’accaparent les premiers les
« parts du gâteau ». C’est notamment le cas des officiers supérieurs de l’Armée
Rouge stationnée en Allemagne de l’Est et dans les pays du Pacte de Varsovie, qui
se livrent au pillage de leur corps d’armée dans le cadre de transactions
inimaginables passées avec des structures criminelles ayant pied de part et d’autre
du rideau-de-fer. Le bradage des biens de l’Armée Rouge ne s’est pas déroulé dans
le secret le plus absolu et n’a pu se réaliser qu’avec des complicités à tous les
niveaux, tant d’un côté que de l’autre de la frontière séparant les deux Allemagne.
Officier subalterne dont la tâche véritable en Allemagne de l’Est n’est pas encore
déterminée à satisfaction, Vladimir Vladimirovich Poutine n’a pas pu ne pas en
avoir connaissance, n’a pas pu ne pas rencontrer à un titre ou à un autre ceux qui y
ont participé. Bien qu’il s’agisse ici d’une supposition, elle est confortée par la suite
de sa carrière. Après un bref passage au siège central du KGB à Moscou, il se
retrouve adjoint de Anatoli Alexandrovich Sobtchak, le maire progressiste de St-
Pétersbourg. Si ce dernier s’attache les services de Vladimir Poutine en le
nommant à la tête du Comité de la ville pour les affaires économiques
extérieures, c’est sans aucun doute parce qu’il peut faire bénéficier la ville des
relations et connaissances acquises durant le séjour en Allemagne. Le maire
nouvellement élu de St-Pétersbourg, progressiste modéré partisan d’une évolution
du pays vers la démocratie et d’une ouverture économique sur l’extérieur, n’aurait en
effet que faire des services d’un officier représentant sans éclat des « organes »,
alors en plein discrédit aux yeux de l’opinion publique.
Le poste qu’il occupe au sein du directoire de la Mairie de St-Pétersbourg est un
poste de la plus haute importance à une époque où le pays cherche sa voie sur le
plan intérieur où tout est à construire, tâche de démocratisation impossible à réaliser
sans l’apport de soutiens économique, financier et technologique du monde
occidental. Ce mandat n’est très certainement pas des plus aisés à remplir, l’état
lamentable des infrastructures russes et un cadre juridique défaillant n’étant pas en
mesure d’émerveiller les investisseurs occidentaux soucieux de rentabilité et de les
convaincre de prendre certains risques pouvant permettre le décollage de la Russie
en général, de St-Pétersbourg en particulier. A cela s’ajoute un élément fondamental
freinant les ardeurs des investisseurs potentiels. Il s’agit de l’explosion de la
criminalité violente dans les deux grandes villes du pays. Et à cette époque, St-
Pétersbourg est secouée par une guerre ouverte entre les différentes organisations
criminelles qui tentent de s’approprier les secteurs rentables de la vie économique et
financière de la métropole baltique. Cette guerre qui fera des centaines de morts
parmi les divers clans criminels a aussi causé la mort de nombreux dirigeants de
sociétés, banques et entités économiques variées. Elle a fait rage durant les années
même où Vladimir Vladimirovich Poutine occupait les fonctions de numéro deux à
la Mairie de St-Pétersbourg, en quelque sorte aux premières loges pour assister à
ce qui se passait. Mais surtout, il ne pouvait pas ne pas être impliqué dans ces
événements dans la mesure où les structures économiques et financières qu’il fallait
développer avec l’apport de financement et technologie occidentaux passaient
progressivement sous la coupe des structures criminelles qui en prenaient peu à peu
le contrôle. Dès le milieu des années 1990, une organisation criminelle va émerger
de la mêlée et prendre l’ascendant sur les autres en s’accaparant les pièces
maîtresses du tissu économico-financier et immobilier de la ville, à savoir le groupe
Tambovskaya dirigé par Vladimir Sergeevich Koumarine. Fort des liens qu’il a pu
nouer avec des hommes d’affaires occidentaux en général, ouest-allemands en
particulier, durant son séjour en Allemagne de l’Est, Vladimir Vladimirovich Poutine
s’est donc trouvé à une époque charnière de l’histoire de sa ville natale à un poste
charnière pour son développement économique. Pour parvenir à des résultats
concrets représentés par des apports notables en financement et technologie
occidentaux, il n’a pu que composer avec les deux parties en présence, les
investisseurs d’une part, le groupe criminel Tambovskaya d’autre part. A l’appui de
ce qui précède, il faut rappeler que dans l’année qui suivit son arrivée au poste de
responsable du Comité de la ville pour les affaires économiques extérieures,
une enquête judiciaire a été diligentée par le Parquet de Russie en raison des
rumeurs persistantes de malversations à grande échelle dans le cadre de contrats de
troc passés par la ville et portant sur des livraisons de matières premières russes à
l’Occident en contrepartie de produits de consommation de première nécessité. Bien
que l’enquête ait semble-t-il déterminé les malversations et dégagé les
responsabilités, dont notamment celle de Vladimir Poutine, ce dernier n’a pas été
poursuivi pénalement et l’intervention de son mentor, Anatoli Alexandrovich
Sobtchak, y est pour quelque chose. Celui-ci l’a vivement défendu et avait, entre
autres, pour devise ou excuse que le vol ou la corruption devait se tenir dans les
limites du cadre de la fonction ou du statut occupé. Une telle approche laisse
naturellement place à une large appréciation et permet bien des excès et mettra le
Maire de St-Pétersbourg en fort mauvaise posture dès le lendemain de sa défaite
aux élections municipales de 1996.
L’étroite connivence entre les deux hommes contraindra Vladimir Vladimirovich
Poutine à devoir quitter son poste suite au revers électoral du maire. Ce
changement survient au moment où, à Moscou, Boris Nikolaevich Eltsine vient de
remporter les élections présidentielles avec l’appui massif du groupe des oligarques
qui font main basse à vil prix sur les plus grandes structures économiques de Russie,
en échange du soutien qu’ils ont apporté au président sortant dont la réélection était
plus que compromise. Nous nous trouvons ici à un nouveau carrefour charnière de la
carrière de Vladimir Vladimirovich Poutine, qui, pour l’instant, est encore teinté de
zones d’ombre relatives au pourquoi et sur intervention de qui, il accède à un poste
d’adjoint au Chef de l’Administration des Biens du Kremlin, qui à l’époque n’est
autre que Pavel Pavlovich Borodine. La rumeur laisse entendre que le poste qui lui
était destiné venait d’être supprimé et qu’il ne pourrait donc y accéder, puis que, sur
intervention de Alexei Alexeevich Boltchakov, il peut finalement prendre
possession d’un poste au sein de cette administration d’où il va gravir en quelque
trois années les marches jusqu’au pouvoir suprême. Cette ascension rapide
s’explique elle aussi par de nombreux facteurs, mais notre propos ici n’est pas de les
développer, car ils ne nous paraissent pas avoir eu les mêmes incidences sur les
décisions de l’intéressé dès son installation à la présidence de la Russie.
Le 26 mars 2000, le verdict populaire confirme le choix fait par Boris Nikolaevich
Eltsine qui a ainsi réussi à effectuer la transmission du pouvoir en douceur et dans le
calme, ce qui est fort rare dans l’histoire du pays. Dans les jours et les semaines qui
suivent son installation, Vladimir Vladimirovich Poutine procède aux nominations
de personnes à la tête des diverses institutions du pays, confirmant à leur poste
certains d’entre-eux ou nommant des gens de son entourage, ou encore de gens
auxquels il est redevable, chose naturelle que l’on retrouve partout ailleurs. Les
remaniements qu’il dicte démontrent cependant qu’il n’a pas une totale liberté de
manœuvre, nombre de personnes connues pour être liées à ou représentantes de
certains oligarques controversés sont maintenues dans leur fonction. Il serait
indubitablement utile de suivre et analyser chaque décision prise ou acte effectué par
le nouveau président pour s’en faire une image la plus fidèle possible. Notre propos
n’est cependant pas là et d’autres se chargent, tant en Russie qu’à l’étranger, de
suivre chaque mouvement ou prise de position. Notre but consiste en premier lieu de
tenter de répondre à certaines interrogations relatives à son passé, à ses liens avec,
voire son état de dépendance, les structures criminelles infestant le pays, et, dans la
mesure du possible, d’éclairer – au travers de ces « mésalliances » – certains de ses
actes en tant que président dans des domaines particuliers, tels que le conflit en
Tchéchénie, le commerce des armes et le contrôle des matières premières de la
Russie.
Dans cette optique, il est nécessaire de faire un retour en arrière, de s’attacher à
relater par le détail l’ensemble des éléments d’informations qui ont pu être recueillis
et tenter d’en analyser les incidences sur la personne de Vladimir Vladimirovich
Poutine et son proche entourage. Cette démarche n’est possible qu’en rapportant
tous les détails factuels disponibles à propos de personnes et sociétés de son
environnement, ce qui peut paraître quelque peu indigeste à la lecture, mais
incontournable si l’on veut déterminer les liens entre les divers acteurs.
Quelques jours avant le 26 mars 2000, Vladimir Vladimirovich Poutine fait savoir
qu’il se retire de sa fonction de conseiller au sein de la société SPAG St-Petersburg
Immobilien und Beteiligungs AG, annonce qui passe inaperçue mais dont la
signification ne prendra toute son ampleur que quelques semaines plus tard, lorsque
le 13 mai 2000 est arrêté à Vaduz l’agent fiduciaire Rudolf Walter Michael Ritter, un
des fondateurs et dirigeants de cette société, soupçonné d’être impliqué dans des
opérations de blanchiment d’argent en faveur d’organisations criminelles. L’enquête
le mettant en cause découle de la publication par le magazine allemand Der
Spiegel1 du contenu d’un rapport du Bundesnarichtendienst (BND) en automne 1999
relatant le rôle majeur joué par des établissements bancaires, des sociétés et des
avocats d’affaires ou fiduciaires de la Principauté du Liechtenstein dans des actions
de nature frauduleuse pour le compte d’organisations criminelles transnationales, en
particulier sud-américaines et russes. Suite à cette arrestation, le quotidien français
1 voir Der Spiegel no. 45 – 1999
Le Monde2 évoque de façon plus détaillée le contenu du rapport des services
allemands, en mettant notamment en exergue la société d’investissements
allemande SPAG et ses dirigeants en tant qu’élément d’un système de blanchiment
d’argent provenant de groupes criminels russes, avec le recours d’une banque
roumaine, Banca Internationala a Religiilor (BIR). L’article met aussi en lumière les
liens existant entre les dirigeants de la société, le nouveau président russe et le
groupe criminel Tambovskaya. Cet article est repris les jours suivants dans de très
nombreux journaux du monde et provoque en particulier des démentis de la part du
Kremlin, où l’on prétend que Vladimir Poutine n’a jamais exercé la moindre activité
pour le compte de la société allemande. Ces dénégations sont contredites par les
déclarations de responsables de la société qui s’accordent néanmoins à dire qu’il n’a
jamais été rétribué pour ses prestations. Certains déclarent même qu’il a consacré à
une époque davantage de temps à la SPAG qu’à sa fonction à la Mairie de St-
Pétersbourg3. Ce qui ne peut être contesté sont ses liens avec l’un des dirigeants de
la SPAG St-Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG et de ses filiales à St-
Inform-Future, à savoir Vladimir
Pétersbourg que sont
Alexeevich Smirnov. Ce dernier a d’autre part fait une ascension rapide au sein de
la PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya (Compagnie des Carburants de St-
Pétersbourg), de laquelle il a été président. A ses côtés dans cette société siège le
vice-président qui n’est autre que Vladimir Sergeevich Koumarine, le chef présumé
du groupe criminel Tambovskaya et qui est aussi vice-président de la filiale
Znamenskaya. Dans les semaines suivant son investiture au Kremlin, Vladimir
Poutine fait venir au sein du Bureau de l’Administration présidentielle Vladimir
Alexeevich Smirnov, auquel il confie des tâches au sein de l’Administration des
Biens du Kremlin4. Ces précisions étaient nécessaires pour fixer le cadre de ce que
nous exposons ci-après, les détails relatifs aux personnes et sociétés citées dans le
présent sont répertoriés – pour plus de clarté – dans un document annexé au
présent.
Znamenskaya et
En 1992, la SPAG St-Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG est constituée
à Frankfort-sur-le-Main/Allemagne, à l’instigation d’une délégation de la Mairie de
St-Pétersbourg au sein de laquelle figurait notamment Vladimir Vladimirovich
Poutine et Vladimir Alexeevich Smirnov. Elle est dotée d’un capital-actions de
200’000 DM, composé d’un apport de la Mairie de St-Pétersbourg, de la Banque
de St-Pétersbourg et d’actionnaires représentés fiduciairement par Rudolf Ritter,
lui aussi membre fondateur. En qualité de conseillers de la société figurent Vladimir
Oleg Andreevich
Vladimirovich Poutine,
Khartchenko.
German Oskarovich Gref et
C’est également au cours de l’année 1992 que se concrétisent par la signature d’un
contrat les tractations entre la compagnie pétrolière française Elf Aquitaine qui
deviendra TotalFinaElf et la Treuhandanstalt – organisme constitué à Berlin en
1990 chargé de réaliser le programme de privatisation des biens de l’ancienne
Allemagne de l’Est – contrat relatif à l’acquisition de la Raffinerie de Leuna sise près
de Leipzig ainsi que du réseau de stations-essence Minol. Ce complexe
pétrochimique, une fois rénové, sera approvisionné en matières premières provenant
2 voir Le Monde du 25 juin 2000, article intitulé « Le nom de M. Poutine apparaît en marge des affaires
de blanchiment au Liechtenstein ».
3 voir Newsweek du 3 septembre 2001, article intitulé « A stain on Mr Clean »
4 voir Newsweek, idem
de Russie. L’aspect bancaire de l’opération liée à la raffinerie est traité par la
Dresdner Bank, laquelle sera le deuxième établissement bancaire occidental à
recevoir l’autorisation d’exercer une activité bancaire à St-Pétersbourg. L’autorisation
lui est accordée le 9 août 1993.
En 1994, la SPAG St-Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG devient
opérationnelle et prend des participations majoritaires dans des sociétés constituées
à St-Pétersburg qui sont en quelque sorte ses filiales en charge de la réalisation de
projets immobiliers dans le centre historique de la ville. Il s’agit des sociétés
Znamenskaya ZAO et Inform-Future TOO, toutes deux contrôlées et présidées par
Vladimir Alexeevich Smirnov. Comme mentionné auparavant, le vice-président de
Znamenskaya ZAO est Vladimir Sergeevich Koumarine. En décembre 1994,
Vladimir Vladimirovich Poutine signe un affidavit, au nom de la Mairie de St-
Pétersbourg, donnant pouvoir de vote à Vladimir Alexeevich Smirnov au sein de
la SPAG à hauteur des actions détenues par la Municipalité5.
En août 1996, alors qu’il est sur le point de quitter son poste à la Mairie de St-
Pétersbourg pour entrer au Kremlin, Vladimir Vladimirovich Poutine signe un
décret, au nom de la Mairie, accordant un quasi monopole à la société PTK
Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya (Compagnie des carburants de St-
Pétersbourg) pour la distribution d’essence en ville, incluant l’approvisionnement
des véhicules municipaux tels que ambulances, voitures de police, autobus et taxis.
Cette société à la tête de laquelle se trouvent Vladimir Alexeevich Smirnov et
Vladimir Sergeevich Koumarine, le chef présumé du groupe criminel
Tambovskaya, a pris l’ascendant sur les autres sociétés intéressées par ce marché
fructueux dans le cadre de la guerre des gangs qui a secoué la ville durant plusieurs
années. La SPAG et la PTK vont passer un contrat de partenariat pour rénover le
réseau de stations-essence de St-Pétersbourg qui sera ensuite exploité par PTK. La
SPAG quant à elle, elle devient actionnaire majoritaire d’une autre société dirigée par
und
Vladimir
Investitionsgesellschaft mbH de St-Pétersbourg, elle-même détenant le 100% des
sociétés de gérance et de sécurité des bâtiments Rif Security GmbH et House
Master GmbH6.
Projektmanagement-
Alexeevich
Smirnov,
En 1997, la SPAG fait son entrée à la Bourse de Frankfort. Son capital-actions est
alors déjà de plus de 7 millions de DM et sera encore augmenté l’année suivante,
dépassant les 11 millions de DM. Le 25% de son actionnariat se trouve entre les
mains de la société bavaroise Baader Wertpapierhandelsbank AG. Cette société
est représentée au sein du conseil d’administration de la SPAG par Dr Horst
Schiessl, lequel officie dans l’étude d’avocats SSP Schiessl Schrank & Partner
G.b.R à München/D.
Le 31 août 2000, l’assemblée générale de la SPAG St-Petersburg Immobilien und
Beteiligungs AG se tient à l’Hôtel Steigenberger Airport de Frankfort/Main en
présence du notaire Dr Peter Säuberlich. Les démissions de Vladimir
Vladimirovich Poutine de son poste de conseiller de la société et de Rudolf Ritter
du conseil de surveillance sont entérinées par l’assemblée. Il n’est pas déterminé ce
qu’il en est de la présence comme conseillers de German Gref et Oleg
5 idem
6 voir http://www.sp-ag.de
Khartchenko. Il n’est pas donné décharge au directeur général Thomas Kemmerer
pour l’exercice écoulé, ses déclarations et actions ayant porté préjudice à la société.
Alors que la présidence de la société est toujours assurée par Markus Rese,
confirmé dans ses fonctions, le conseil de surveillance se compose de Dr Francisco
Jose Guadamillas Cortes président, de Vladimir Alexeevich Smirnov vice
président, de Dr Klaus Peter Sauer et Horst Schiessl comme membres.
Sans entrer dans les moindres détails relatifs à chacune des personnes et pour ne
pas surcharger le texte, nous nous limitons à mentionner les éléments importants
que nous avons déterminés, afin de saisir le fil de l’analyse. Nous commençons par
indiquer les liens des personnes présentes au sein de l’administration et de la
direction de la SPAG, société faisant – ainsi que ses dirigeants – l’objet d’une enquête
judiciaire en Allemagne pour soupçons de blanchiment d’argent de provenance
criminelle. Nous verrons dès lors les liens directs existant entre cette société, le
groupe criminel Tambovskaya, la Stasi – le service secret de l’ancienne Allemagne
de l’Est, un groupe de ressortissants anglais résidant dans les îles de la Manche et
des personnes et sociétés en Suisse, elles-même liées à des activités délictueuses.
**********
La Russie
Vladimir Vladimirovich Poutine en Allemagne de l’Est
Vladimir Vladimirovich Poutine est né le 7 octobre 1952 à Leningrad, où il a
achevé ses études de droit en 1975 et serait entré immédiatement au KGB. Après y
avoir fait ses classes, il a été envoyé en Allemagne de l’Est, officiellement en poste à
Dresde. Il n’est pas déterminé avec exactitude la période durant laquelle il a séjourné
et travaillé dans ce pays, pas plus qu’il n’est établi en détail les activités qu’il y a
exercées. Cette question n’a en soi guère d’importance, dans la mesure où Vladimir
Vladimirovich Poutine a séjourné en Allemagne de l’Est à une époque où ce pays
était au bord de la faillite et de l’implosion d’une part, que d’autre part l’intéressé a
obligatoirement été en relation avec les services secrets est-allemands (HVA et
Stasi), avec les autres services russes présents sur place dont l’Armée rouge de
l’Ouest, ainsi qu’avec des responsables de l’économie et de la politique de l’Ouest. Il
s’est donc trouvé sur place à une période charnière de l’histoire de ce pays en
contact avec des personnes et structures dont le rôle a été prépondérant. Les
connaissances acquises alors sur le système occidental et certains de ses dirigeants
économiques et politiques lui seront de grande utilité au cours des années qu’il
passera ensuite à la Mairie de St-Pétersbourg.
Certains services occidentaux ont sans doute connaissance des liens que Vladimir
Poutine a pu tisser en Allemagne de l’Ouest, en Autriche, en Suisse ou encore
ailleurs, de même que les pseudonymes qu’il a alors utilisés. Disposer de ces
informations nous serait très utile pour comprendre ses actes et décisions dans les
périodes ultérieures de sa vie, que ce soit à St-Pétersbourg ou au Kremlin.
En poste à Dresde de 1984 à 1990, Vladimir Poutine agissait sous le couvert de la
fonction de vice directeur de la Maison de l’Amitié germano-soviétique. Les
sources ne sont pas unanimes sur la question de sa ou ses missions en Allemagne
de l’Est, certaines indiquant qu’il était chargé des liens et de la coordination entre les
services allemands et russes, d’autres qu’il devait se livrer à l’espionnage
économique à l’Ouest ou encore de nouer des relations, de passer des contrats avec
les milieux économiques occidentaux. D’aucuns disent qu’il était officier politique et
observateur au sein des troupes de l’Armée rouge de l’Ouest stationnée en
Allemagne, ou qu’il était attaché auprès du consulat russe de Leipzig, ville
renommée internationalement pour sa foire économique et commerciale. Plusieurs
s’accordent à dire que Vladimir Poutine n’a pas laissé un souvenir impérissable par
des qualités d’espion au-dessus de la moyenne et certains mentionnent que durant
son passage à la Mairie de St-Pétersbourg, il a davantage consacré son temps à
ses affaires personnelles au sein de la SPAG St-Petersburg Immobilien und
Beteiligungs AG qu’à sa fonction d’adjoint au maire.
L’examen de la documentation disponible à un large public au sujet des années que
Vladimir Poutine a passées dans l’ancienne ville impériale russe nous permet
cependant de nous faire une idée de ses activités et contacts alors qu’il était en
Allemagne de l’Est. En premier lieu, il faut rappeler brièvement quelle était la
situation à l’époque dans ce pays, ainsi qu’en Russie.
Depuis la fin des années ’70, l’Allemagne de l’Est est à bout de souffle et cherche
désespérément de l’oxygène à l’Ouest, tout en multipliant les opérations
d’espionnage économique et industriel pour acquérir technologie de pointe et biens
de consommation. L’officine d’Etat chargée de cette activité est la KoKo
Kommerzielle Koordinierung dirigée par Alexander Schalck-Golodkowski,
membre du comité central du SED Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, le
parti unique contrôlant le pays. Cette structure semi-clandestine a constitué des
centaines de sociétés à l’Ouest, notamment en Suisse et au Liechtenstein, utilisées
pour acquérir de la technologie occidentale sous embargo et pour réaliser des
opérations commerciales permettant d’acquérir des devises fortes dont le pays avait
absolument besoin. Pour venir en aide à l’Allemagne de l’Est au bord de la
banqueroute, une stratégie a été élaborée en octobre 1981, connue sous le nom de
« modèle de Zurich », consistant en l’ouverture de lignes de crédits de plusieurs
centaines de millions de DM garanties par l’Allemagne de l’Ouest en échange de
l‘octroi par l’Allemagne de l’Est de l‘autorisation de voyager à l‘étranger aux
Allemands de l‘Est âgés de plus de 60 ans. Les tractations se poursuivent durant
toute l‘année 1982, au plus haut échelon du gouvernement des deux pays. Le projet
capotera sur intervention de Franz-Josef Strauss, maître de la Bavière et rival
politique de Helmut Kohl fraîchement élu chancelier fédéral. Strauss ayant été
informé du projet par Josef Maerz, homme d‘affaires bavarois présent sur le marché
est-allemand, il proposera d‘allouer à l‘Allemagne de l‘Est un crédit de deux milliards
de DM sans contrepartie. Par la suite, les structures mises en place en Suisse et au
Liechtenstein joueront un rôle prépondérant dans la fuite des capitaux des anciennes
Allemagne de l‘Est et Union soviétique.7
En mars 1985, Mikhail Sergeevich Gorbatchev devient Secrétaire général du
PCUS et, par là, dirigeant suprême de l‘Union soviétique. Dans les mois qui suivent
7 voir Facts no. 49/1999
son installation au pouvoir, il lance perestroïka et glasnost, tentant ainsi d‘imposer,
notamment aux yeux de l‘Occident, restructuration et transparence. La méfiance à
son égard n‘en persistera pas moins, les actes ne correspondant que rarement aux
déclarations. On constate en effet une augmentation des activités d‘espionnage à
l‘Ouest des organes de renseignements soviétiques, ainsi qu‘une croissance non
négligeable du budget militaire, et surtout une multiplication de sociétés mixtes soi-
disant actives dans les affaires commerciales Est-Ouest, dont le nombre
impressionnant n‘est absolument pas en rapport avec les échanges commerciaux
dûment constatés et répertoriés par les différents ministères des Affaires
économiques extérieures occidentaux.
C‘est à la même époque que fleurissent et se développent en Allemagne de l‘Est les
activités délictueuses exercées par des structures criminelles, agissant avec des
hommes d‘affaires de tous bords et des dirigeants de tous grades de l‘Armée rouge
de l‘Ouest stationnée dans ce pays. Les trafics, se chiffrant en millions de dollars,
concernent aussi bien les carburants, les armes et le matériel que le ravitaillement.
Le 9 octobre 1989, considéré comme une date majeure de l‘histoire du XXè siècle,
coïncide avec la chute du Mur de Berlin, entraînant dans sa course l‘abolition des
frontières entre les deux Allemagne. Cet événement survient huit ans après la
discrète réunion de Zurich tendant à élaborer le « modèle de Zurich » et un an
avant la réunification de l‘Allemagne. Les douze mois séparant la chute du Mur de
Berlin de la réunification sont jalonnés d‘une intense activité politique et
diplomatique. Les anciens vainqueurs du régime nazi ne voyant pas d‘un très bon
œil la réunification ne soutiennent pas les démarches du chancelier fédéral
allemand, du moins pas jusqu‘au sommet de Washington du 31 mai au 2 juin 1990,
lorsque Mikhail Sergeevich Gorbatchev déclare officiellement au président
américain George Bush qu‘il ne s‘oppose pas à une réunification de l‘Allemagne
intégrée à l‘OTAN. Le 12 septembre 1990, un contrat est conclu entre l’Allemagne et
l’Union soviétique sur le départ de l‘Armée rouge de l’Ouest, assorti d‘un crédit de
quelque 8 milliards de DM accordé par l‘Allemagne pour la construction d‘immeubles
locatifs destinés à héberger les militaires russes.
Le 23 août 1990, Mikhail Sergeevich Gorbatchev décrète des mesures d‘urgence
relatives à l‘organisation des activités économiques et commerciales du PCUS, c‘est-
à-dire la mise en place de structures secrètes à l‘étranger, placées en mains de
personnes de totale confiance, permettant de procéder au transfert des biens et à la
fructification des avoirs, sous quelque forme que ce soit, appartenant ou contrôlés
par le PCUS. Ces structures ne devront pas apparaître liées directement avec le
parti, ni être gérées par les agents du KGB en poste dans les pays étrangers.
Bien qu’officier de rang moyen au sein du KGB (il aurait quitté avec le rang de
lieutenant colonel), Vladimir Poutine ne peut qu’avoir été en relation avec des
personnages-clef ayant joué un rôle, à un titre ou à un autre, du processus historique
qui s’est développé dans la deuxième partie de la décennie 1980 en République
Démocratique Allemande, en Russie, et accessoirement en Suisse et au
Liechtenstein. Il est en effet inconcevable d’imaginer qu’il n’ait, par exemple, pas été
en contact avec l’homme d’affaires bavarois Josef Maerz. Décédé à la fin des
années 1980, celui-ci était à la tête du holding Gebr. Maerz AG, actif dans le
commerce des boissons et de la viande, présent sur le marché est-allemand, ami
intime de Franz-Josef Strauss et ayant permis à ce dernier de faire capoter le
« modèle de Zurich », comme indiqué auparavant. Les sociétés du groupe Maerz
sont établies aussi en Russie, à St-Pétersbourg et Moscou, où elles exploitent des
pubs et sont actives dans l‘immobilier, ayant obtenu les autorisations nécessaires au
début de 1992 déjà, soit dès la disparition de l’Union soviétique. Elles font du
commerce sur la base du troc de marchandises, à travers notamment la société
Deutsche Frumens GmbH sise à Rosenheim, siège du groupe. En 1990, la holding
Gebr. Maerz AG a absorbé la holding Alexander Moksel AG, sise à
Buchloe/Allgäu/D, active dans le commerce de viande en Allemagne de l’Est et
grosse exportatrice de viande vers la Russie. Les deux sociétés Gebr. Maerz AG et
Alexander Moksel AG ont servi les intérêts de la KoKo Kommerzeille
Koordinierung, constituant même des sociétés communes, et ont entretenu des
relations commerciales avec l’Union soviétique avant la disparition de celle-ci. Au
lendemain de la chute du Mur de Berlin, Alexander Schalck-Golodkowski a pris la
fuite lorsqu’il s’est rendu compte qu’il serait amené à fournir des explications aux
nouvelles autorités sur les actions qu’il avait menées en tant que responsable du
gouvernement est-allemand. Lui et son épouse ont obtenu asile et soutien financier
auprès de la famille Maerz à Rosenheim/D, ville de siège de la holding. En 1996, le
holding Gebr. Maerz AG, en raison d‘une situation financière très précaire, a été
repris par l‘actionnaire majoritaire Apomyios Vermögensverwaltungs- und
Beteiligungs GmbH.
Il est également plus que probable que Vladimir Poutine ait été en relation avec
Wolfgang Berghofer, ancien maire de Dresde. Certaines sources indiquent en effet
que Vladimir Poutine, conjointement à Wolfgang Berghofer, au baron Manfred
von Ardenne – un physicien atomiste – et à Hans Modrow, a constitué un courant
d’opposition au sein du SED Sozialistische Einheitspartei Deutschlands, ayant
son siège à la Villa Hang, sise dans le quartier noble Weisser Hirsch de Dresde.
C’est à cet endroit qu’a été constatée le 5 décembre 1989 la présence de l’homme
d’affaires autrichien Martin Schlaff, « honorable correspondant » de la Stasi, lequel
y rencontrait Herbert Köhler, directeur au HVA Hauptverwaltung Aufklärung de
Dresde, l’interlocuteur premier de Vladimir Poutine au sein des services de sécurité
est-allemands.
Wolfgang Berghofer, ancien collaborateur de la Stasi, a fait l’objet d’une procédure
pénale en 1991 pour abus de confiance et escroquerie au détriment de la ville de
Dresde portant sur 225 millions de DM, impliquant également la responsable des
finances de la ville Christel Rademacher et Friedrich Wokurka, le directeur de la
société d’Etat est-allemande Robotron, ceci dans le cadre de contrats de fourniture
de produits sous embargo occidental passés avec une des sociétés de Martin
Schlaff, Lomer AG, sise à Zurich. Quant à Martin Schlaff, il a activement participé,
avec la complicité de Herbert Köhler, à la fuite des capitaux du parti est-allemand
SED et a été un des rouages principaux de la construction du casino Oasis à Jericho
en territoire palestinien.
La société Robotron, sise à Dresde, était une des cinq seules sociétés de l’ancien
bloc soviétique active dans la microélectronique. Elle a été une des structures
utilisées par la Stasi et le KGB pour acquérir illégalement de la haute technologie
occidentale placée sous embargo. Il serait étonnant que Vladimir Poutine n’ait pas
été en contact avec les dirigeants d’alors de cette société.
**********
Vladimir Vladimirovich Poutine à St-Pétersbourg
Le 12 juin 1991 (selon la biographie officielle), Vladimir Vladimirovich Poutine est
appelé à la tête du Comité pour les affaires internationales de la Mairie de St-
Pétersbourg. Après son retour d‘Allemagne de l‘Est en 1990, il avait été en poste au
siège du KGB à Moscou, institution qu‘il quittera (selon la biographie officielle) le 20
août 1991, soit au lendemain de la tentative de coup d‘état visant à renverser
Mikhail Sergeevich Gorbatchev. Il se trouve donc aux côtés du Maire de St-
Pétersbourg, Anatoli Alexandrovich Sobtchak, communiste progressiste qui s‘est
farouchement opposé aux putschistes présents dans sa ville le 18 août 1991. Dans
cette nouvelle fonction, Vladimir Vladimirovich Poutine est notamment chargé
d‘attirer les investisseurs étrangers à St-Pétersbourg et a la haute main sur la
délivrance des licences d‘exportation à des sociétés russes pour l‘exportation de
matières premières et métaux non-ferreux. Ces exportations se sont déroulées sur la
base de troc contre des biens de consommation de première nécessité dont la
population de St-Pétersbourg était sérieusement privée alors. Les matières
premières ont été exportées, les biens de consommation n’ont en revanche pas
alimenté les marchés de la ville. Vladimir Poutine fera très vite l‘objet d‘une
enquête, étant fortement suspecté d‘avoir délivré nombre d‘autorisations dans des
conditions douteuses. L‘enquête sera classée sans suite, étant inconditionnellement
défendu par le Maire de la ville. Son nom est également mentionné dans le cadre
d‘une affaire d‘escroquerie portant sur quelque 4 millions de dollars commis par une
société créée par le Comité des Relations économiques extérieures de St-
Pétersbourg qu‘il présidait . Là aussi, l‘enquête n‘a pas abouti.8
Dans le courant de 1992 est constituée à Frankfort/Main la SPAG St-Petersburg
Immobilien und Beteiligungs AG. Créée à l’instigation de la Mairie de St-
Pétersbourg qui fournit le capital de base, elle a pour but d’attirer les investisseurs
occidentaux et de les inciter à participer à de grands projets immobiliers dans le
centre historique de l’ancienne ville impériale. Les partenaires fondateurs et
actionnaires occidentaux sont représentés par Rudolf Walter Michael Ritter, avocat
d’affaires de Vaduz/FL. Leur intéressement a été rendu possible grâce aux relations
antérieures nouées par Vladimir Poutine à l’époque de son stationnement en
Allemagne de l’Est9. Ce détail est important lorsque l’on replace cet événement dans
un contexte plus large qui peut apporter quelque lumière sur les raisons de
l’ascension rapide de l’actuel président russe.
Vladimir Poutine est nommé à la Mairie de St-Pétersbourg en juin 1991. Il quitte le
KGB en août 1991. L’Union soviétique disparaît en décembre 1991. En janvier 1992
est menée l’enquête, l’impliquant en première ligne, sur les malversations commises
dans le commerce de troc de matières premières russes contre des produits
alimentaires occidentaux. Dès le début de 1992, la holding bavaroise Gebr. Maerz
8 voir Le Monde du 11 mars 2000, article intitulé „ M. Poutine rattrapé par une affaire de troc à St-
Pétersbourg“ et Russia Today du 24 mars 2000, article intitulé „Paper implicates Putin in St-
Petersburg scandal“
9 Selon un document du FSB de St-Pétersbourg daté du 18 décembre 2001 relatif au groupe criminel
Tambovskaya et aux sociétés qu’il contrôle
AG obtient les autorisations d’exploitations de débits de boissons à St-Pétersbourg
et à Moscou, ainsi que l’autorisation d’ouvrir une agence immobilière. Dans le
courant 1992 (la date précise ne nous est pas connue) est constituée la SPAG avec
comme fondateur et actionnaire Rudolf Ritter de Vaduz/FL, représentant peut-être
déjà la firme bavaroise Baader Wertpapierhandelsbank AG, détentrice par la suite
de 25% du capital de la SPAG.
Il y a lieu de mettre ce qui précède en parallèle avec les éléments d’informations
suivants. En janvier 1991, les sociétés Deutsche BP AG de Hamburg, Intrac
Handels GmbH de Berlin et Leuna Werke AG de Leuna/Saxe-Anhalt annoncent
avoir conclu un contrat de partenariat pour procéder à la rénovation du complexe de
la Raffinerie de Leuna et pour la distribution des carburants qui y sont produits10. En
décembre 1991, il est communiqué que la première pierre des nouvelles installations
vient d’être posée11. Or le 21 septembre 1991, un contrat secret aurait été signé entre
la compagnie pétrolière française Elf et la société Noblepac, sise à Vaduz/FL et
propriété de André Guelfi, prévoyant le versement de 40 millions € de commissions
en cas de reprise par Elf de la Raffinerie de Leuna et du réseau de distribution
d’essence est-allemand Minol12. En février 1992, André Guelfi se trouve en Russie,
et notamment à St-Pétersbourg, pour y débloquer des négociations, relatives à une
question de pétrole, en panne entre la société française Elf et le nouveau
gouvernement russe. Le 24 décembre 1992, un contrat définitif relatif à la Raffinerie
de Leuna et au réseau de distribution Minol est entériné entre Elf et la
Treuhandanstalt, l’organisme habilité à procéder à la privatisation des biens de
l’ancienne République Démocratique Allemande. L’approvisionnement de la raffinerie
allemande sera assuré par des sociétés pétrolières russes, via les installations de St-
Surgutneftegaz, compagnie dont
Pétersbourg, approvisionnement géré par
plusieurs entités sont passées sous le contrôle du groupe criminel Tambovskaya.
Celui-ci a fait main basse, entre autres domaines, sur le commerce de produits
pétroliers à St-Pétersbourg et a bénéficié d’une claude de quasi monopole grâce aux
décrets signés par Vladimir Poutine13.
En relation avec l’affaire de Leuna, il faut encore préciser que la compagnie
pétrolière française Elf était en partenariat avec le groupe allemand Thyssen. Bien
que de très nombreuses personnes aient participé à un degré ou à un autre à cette
affaire, il est intéressant de souligner que Peter Welzel, directeur de Thyssen
Handel Berlin GmbH entre 1991 et 1993, était auparavant un des directeurs de
département au sein de la KoKo Kommerzielle Koordinierung de Alexander
Schalck-Golodkowski. Par ailleurs, la société Intrac Handels GmbH de Berlin,
partenaire de Deutsche BP AG dans le premier projet, était une des sociétés
faîtières du conglomérat de sociétés mises en place par la KoKo pour son
approvisionnement en technologie de pointe et en devises fortes.
Quelques mois à peine après son arrivée au Comité de la ville pour les affaires
économiques extérieures de St-Pétersbourg, Vladimir Poutine fait déjà l’objet de
10 voir Frankfurter Allgemeine Zeitung du 4 janvier 1991, article intitulé « Deutsche BP zusammen mit
Leuna und Intrac »
11 voir Frankfurter Allgemeine Zeitung du 6 décembre 1991, article intitulé « Deutsche BP lays
foundation stone for filling station in Saxony Anhalt »
12 Cf « Forages en eau profonde – les secrets de l’affaire Elf », chapitre intitulé « la raffinerie
d’Helmut » par Valérie Lecasble et Airy Routier, éditions Grasset & Fasquelle, 1998
13 voir plus loin pour les détails, chapitre consacré à Tambovskaya, Smirnov et Koumarine
vives critiques. D’une part, on parle de sa propension à chercher un enrichissement
personnel rapide sans s’embarrasser de contraintes morales, d’autre part on évoque
son manque d’efficacité et on parle également de corruption en relation avec la
conclusion de contrats pour le compte de la Mairie de St-Pétersbourg. Une
commission d’enquête sera mise sur pied, dirigée par les députés Marina Salie et
Iouri Gladkov, qui vont déterminer nombre d’irrégularités dans des contrats relatifs à
l’approvisionnement en denrées alimentaires de la ville en échange de l’exportation
de matières premières et métaux non-ferreux russes. Les conclusions du rapport,
daté du 23 mars 1992, demandent de le limoger de son poste, de même que son
adjoint Alexandre Anikine.
Bien que nous ne disposions pas de ce rapport, les sources ouvertes 14 disponibles
fournissent plusieurs éléments précis sur la nature des contrats passés, ainsi que sur
certaines sociétés et personnes – malheureusement en Russie – ayant bénéficié de
ces malversations qui entraînèrent tout de même une perte sèche d’au moins cent
millions de dollars pour la ville. Certains affirment même que celles-ci se monteraient
à près d’un milliard de dollars. Le montant n’est pas significatif en soi, d’autant plus
qu’il n’a pas pu être déterminé dans quelle mesure Vladimir Poutine et d’autres
membres de la Mairie de St-Pétersbourg se sont personnellement enrichis à cette
occasion. Il nous paraît davantage important d’indiquer les personnes et sociétés
ayant participé à ces opérations déviées de troc, à l’effet de montrer qu’il n’y a, ici
aussi, aucun hasard, que Vladimir Poutine a agi en toute connaissance de cause,
même s’il n’a personnellement signé que deux de ces contrats, qu’il n’était d’ailleurs
pas autorisé à signer. Le droit de signature pour ce genre de contrats commerciaux
transnationaux étaient de la compétence du Comité pour les Relations
économiques extérieures de Russie, dirigé alors par Piotr Olegovich Aven, un
oligarque devenu le grand patron du groupe économico-financier Alfa.
Durant l’automne-hiver 1991-1992, la région de St-Pétersbourg – comme d’autres en
Russie alors – souffre cruellement du manque de denrées alimentaires, dû avant tout
au chaos provoqué par les bouleversements politiques secouant le pays. Pour pallier
à la situation et en l’absence de devises fortes permettant d’acquérir ces biens de
consommation indispensables à la survie des populations, il a été décidé de
procéder au troc des matières premières en échange de denrées alimentaires. Selon
les estimations adressées par Vladimir Poutine au Ministère de l’Economie de
Russie le 4 décembre 1991, St-Pétersbourg a notamment besoin pour les mois de
janvier et février 1992 de quatre-vingt trois mille tonnes de viande congelée, onze
mille tonnes de beurre, trois mille tonnes de lait en poudre, quatre mille cinq cent
tonnes d’huile, cinquante-six mille tonnes de sucre, toutes denrées qu’il faut importer.
En contrepartie de ces marchandises, Vladimir Poutine demande l’autorisation
d’exporter cent cinquante mille tonnes de produits pétroliers, trente mille tonnes de
métaux ferreux, quatorze tonnes de métaux rares, mille tonnes d’aluminium, mille
tonnes de cuivre et vingt mille tonnes de ciment.
Sans attendre d’obtenir les autorisations nécessaires de Moscou, Vladimir Poutine
octroie le 20 décembre 1991 le droit d’exporter les cent cinquante mille tonnes de
14 voir http://www.exile.ru, no. 22/103, 9-23 novembre 2000, article intitulé « Too hot to handle » et
également http://www.glasnostfoundation.ru, Marina Salie, 18 mars 2000, article intitulé « Poutine –
President of the corrupted oligarchs », sites d’où sont tirés en particulier les informations relatives à la
privatisation et aux licences d’exportation impliquant Vladimir Poutine
produits pétroliers à la société Nevsky Dom. Le jour de Noël 1991, la même
autorisation est aussi octroyée à la société Mejdounarodny Kommerchesky Tsentr
(Centre commercial international) en échange de cent mille tonnes de viande
congelée, cent mille tonnes de sucre et cent tonnes de pommes-de-terre.
Le président de la société Mejdounarodny Kommerchesky Tsentr est le nommé
Georgi Miroshnik, Russe, disposant à l’instar de nombreux criminels d’un passeport
grec, qui a été condamné pour pillage à hauteur de dix-huit millions de DM de biens
de l’Armée rouge de l’Ouest stationnée en Allemagne de l’Est.
Les informations relatives aux autres contrats sont moins claires, dans la mesure où
il ne peut être affirmé avec une totale certitude qui a fait quoi, avec quelle
marchandise. Néanmoins, les noms de certaines sociétés et personnes sont
mentionnées, ainsi que certaines des irrégularités constatées. A titre indicatif et dans
l’attente d’autres détails, les noms publiés sont simplement énumérés. Les sociétés
impliquées sont Fivekor, Lokk, Interlesbirja, Svyatoslav, Jikom ou Jikop,
Sunsood, Kompleks et Interwood. Cette dernière a bénéficié d’une licence
d’exportation de bois et appartiendrait à Al-Sakaya Group aux Emirats Arabes Unis.
Quant à la société Kompleks, il a été déterminé que l’adresse mentionnée sur la
licence était en fait celle du Comité de la ville pour les affaires économiques
extérieures de St-Pétersbourg, dirigé par Vladimir Poutine.
Quant aux personnes citées en relation avec ces sociétés, il s’agit de MM.
Vittenberg, vice directeur de Nevsky Dom, de V. Krylov dirigeant de Interlesbirja,
de V. Khovanov dirigeant de Svyatoslav, de Peter Bachmann dirigeant de Jikom
ou Jikop.
Les recherches entreprises sur ces personnes et sociétés, en particulier sur les liens
éventuels pouvant exister avec la Suisse, ne permettent pas d’affirmer avec une
absolue certitude que des liens directs existent et que la Suisse pourrait avoir été
utilisée pour la réalisation de quelque opération douteuse liée à ces licences
d’exportation. Néanmoins, quelques éléments troublants méritent d’être relevés, au
cas où une confirmation pourrait leur être un jour apportée.
Alexandre Anikine, l’adjoint de Vladimir Poutine ayant délivré la plupart de
ces licences, pourrait être identique au directeur général de la société
d’import-export Lenfintorg de St-Pétersbourg, ou encore à un des directeurs
pour l’exportation du conglomérat d’armement russe Mapo, producteur des
avions MiG et connu pour les liens existant avec les milieux criminels russes.
Cette personne pourrait correspondre à Alexandre Vitalievich Anikine, ayant
été attaché commercial adjoint à l’ambassade de Russie en Suisse et pourrait
être frère de Andrei Vitalievich Anikine, directeur de la société Dom
Investments Corp, Dover, succursale de Genève, rue du Valais 9 à
Genève, enregistrée en novembre 1994 et s’occupant d’import-export,
finance, organisation de séminaires bancaires et conseils. Elle est administrée
par les nommées Sarah et Helen Hospodar.
La société Interwood SA INC, Yorklyn, succursale de Genève, place de
Longemalle 16 à Genève, a été enregistrée en octobre 2001, avec pour but le
commerce international, l’import-export. Elle est administrée par Pierre-André
Wenger et son directeur est le nommé Alaa El-Din Salem, naturalisé suisse.
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Vladimir Vladimirovich Poutine et les privatisations
Sous l’impulsion du nouveau maire de St-Pétersbourg, Anatoli Alexandrovich
Sobtchak, communiste réformateur partisan de l’introduction rapide de l’économie
de marché pour sortir sa ville du marasme dans lequel elle se trouvait au moment de
la chute du régime soviétique, Vladimir Poutine va très vite être associé au
programme de privatisation des usines et sociétés d’Etat de la ville et à son cortège
d’opérations frauduleuses. La ville et le pays étant sans le sou, le programme de
privatisation ne pouvait s’envisager sans la participation d’investisseurs étrangers en
mesure d’injecter de l’argent frais pour remettre sur pied une industrie ou pour
entreprendre des rénovations d’immeubles ou d’installations en état de délabrement
avancé. Les investisseurs étrangers ne se bousculant pas au portillon en raison des
nombreuses incertitudes planant sur l’avenir du pays, sur son orientation politique à
long terme et à cause des tracasseries administratives, il était presque naturel que
ce programme de privatisation provoque une multitude de combines permettant à
certains de s’approprier à bon compte des biens de toute nature laissant espérer un
enrichissement aussi rapide qu’important.
La chute du régime soviétique a placé le pays dans une situation chaotique à
plusieurs niveaux, favorisant l’émergence des groupes criminels dans la plupart des
sphères de la vie quotidienne, lesquelles mirent à profit la faiblesse, si ce n’est
l’absence, du pouvoir de l’Etat. L’ensemble du pays a été mis en coupe réglée par
les organisations criminelles, parfois avec la complicité active de représentants des
institutions. L’ancienne ville impériale n’a pas échappé à la règle et a certainement
été une des plus profondément touchée par ce phénomène. Une des raisons se
trouve sans doute dans le fait que le tissu industriel y était plus développé qu’ailleurs,
que les possibilités d’enrichissement y étaient ainsi plus nombreuses et que la
situation géographique de cette ville portuaire ouverte sur l’Occident ne pouvait que
favoriser une criminalité nourrie de fraudes liées à l’import-export.
L’état de nécessité frappant le pays a contraint l’ensemble de la population à
chercher des solutions pour survivre d’abord, pour accaparer des biens de toute
nature ensuite. Ceux qui bénéficiaient de postes privilégiés au sein de l’ancien
système ont naturellement eu un avantage dans cette course au pillage et bien peu
ont été ceux qui n’ont pas succombé à la tentation. Chacun ayant plus ou moins
quelque chose à se reprocher, de la simple falsification de documents au meurtre en
passant par tout l’éventail des escroqueries, vols et détournements, il apparaît
aujourd’hui normal que les dénonciations et condamnations aient été aussi peu
nombreuses en regard du nombre de crimes commis. Tant les groupes criminels que
les oligarques s’attachèrent à collecter des informations compromettantes, mieux
connues sous leur nom russe « kompromat », permettant de faire pression, d’exercer
quelque chantage le moment voulu sur un rival ou même des membres de leurs
propres troupes.
Tout le monde étant « logé à la même enseigne », il est aisé de comprendre que les
attaques contre Vladimir Vladimirovich Poutine, et partant contre ceux de son
entourage, ne se sont déchaînées qu’à partir du moment où il était sur le point
d’arriver au pouvoir, à savoir dès sa désignation comme dauphin par Boris
Nikolaevich Eltsine en décembre 1999. Si l’on excepte l’enquête parlementaire
menée au début de 1992 dont nous avons parlé, aucune action concrète à son
encontre n’a été menée jusqu’à la publication dans les premiers mois de l’année
2000 d’informations précises relatives à ses agissements durant son passage à la
Mairie de St-Pétersbourg. Ces « kompromats » étaient pourtant disponibles depuis
plusieurs années. Leur publication relève avant tout du règlement de comptes entre
factions rivales et ils doivent donc être pris avec toutes les réserves d’usage quant à
leur authenticité ou à leur crédibilité, d’autant plus qu’ils n’ont pas suffi à abattre leur
objectif. Même s’ils contiennent un fond de vérité, il ne peut guère être reproché à
l’actuel président russe d’avoir alors « nagé avec le courant » et ceux qui aujourd’hui
lui font ces griefs sont les premières victimes de ses oukazes présidentiels.
Il est néanmoins nécessaire à la présente étude d’évoquer par le détail ces
kompromats si l’on veut essayer de cerner les influences ayant porté Vladimir
Poutine au pouvoir et tenter de déterminer jusqu’à quel point, même s’il occupe le
trône, il peut agir en toute indépendance.
Pour concevoir, définir, mettre en œuvre et gérer ce programme, lequel implique
nombre d’aspects, il était normal que plusieurs services de la Mairie de St-
Pétersbourg y soient partie prenante. A cet égard, il est dans l’ordre des choses de
retrouver en qualité de « conseillers » au sein de la SPAG St-Petersburg
Immobilien und Beteiligungs AG Vladimir Vladimirovich Poutine, German
Oskarovich Gref – alors adjoint au chef du Comité des Biens de la ville (KUGI) –
et
Oleg Andreevich Khartchenko, chef du Comité d’urbanisation et
d’architecture de la ville.
En prenant ses fonctions d’adjoint au maire de la ville, Vladimir Poutine se trouve
propulsé à un poste stratégique et à un moment crucial du développement de la cité.
Le programme de privatisation attise l’appétit des groupes criminels et il ne peut se
dérouler sans apport étranger. Il était donc quasiment obligatoire que Vladimir
Poutine entre en étroite relation avec Roman I. Tsepov, un ancien officier du
Ministère de l’Intérieur (MVD), directeur de la société de sécurité et de protection
Baltik Eskort, enregistrée à St-Pétersbourg en avril 1993. Il s’agit de la première
société de ce genre officiellement enregistrée dans cette ville et elle a « gagné ses
galons » en s’opposant avec succès à un groupe criminel tchéchène qui exerçait sa
« protection » sur un garage de la ville. Il faut préciser ici qu’à cette époque, le racket
pratiqué par les groupes criminels est une pratique si répandue dans tout le pays que
de nombreux membres remerciés de l’ancien KGB et autres organes de sécurité
officiels vont se recycler dans ce genre de prestation qu’ils vont offrir à leur clientèle
à des tarifs plus raisonnables que ceux extorqués par les criminels et la plupart du
temps en « partenariat » avec les nouveaux services de sécurité. La protection,
« krysha » en russe ou toit, va devenir ainsi une activité extrèmement rentable non
sans être entachée de nombreuses irrégularités et méthodes peu « orthodoxes ».
La société Baltik Eskort s’est spécialisée dans la protection des trains-routiers
important des marchandises et biens de consommation par la route traversant
l’Ukraine, une des plus convoitée par les détrousseurs de grand chemin. La société
avait été fondée par Victor Zolotov, garde-du-corps de Anatoli Alexandrovich
Sobtchak et actuel directeur du Service de protection du président russe.
Un des plus proches partenaires commerciaux de Vladimir Poutine était Roman I.
Tsepov. Alors que Vladimir Poutine, en tant qu’adjoint, puis premier adjoint du
maire de St-Pétersbourg, était habilité et responsable pour la délivrance des licences
pour les casinos et night-clubs de la ville, apparaissant en outre en qualité de
fondateur pour nombre d’entre-eux, Roman I. Tsepov, bien que condamné pour port
illégal d’arme-à-feu, était chargé de collecter les taxes dues pour la délivrance des
licences. D’aucuns affirment que Vladimir Poutine a reçu, par l’entremise de
Roman I. Tsepov, des sommes allant de 100 à 300’000 dollars pour la délivrance
d’une seule licence et qu’il recevait une enveloppe mensuelle du Casino Konti,
propriété du parrain criminel Mikhail Mikhailovich Mirilachvili. Roman I. Tsepov,
dont les services auraient été remerciés par de faux documents officiels fournis par
Vladimir Poutine, s’est réfugié en Tchéquie pour éviter les poursuites judiciaires
actuellement en cours contre lui en Russie.
Il est nécessaire ici d’ouvrir une parenthèse à propos de la situation alors en vigueur
à St-Pétersbourg en matière de casinos, maisons de jeux et night-clubs, afin de
mieux saisir la connivence de mise entre les autorités et les groupes criminels. Le 29
avril 1992 a été enregistrée la société Neva Shans (Neva Chance), dont le capital-
actions était détenu à 100% par la Mairie de St-Pétersbourg et le Comité des
Biens de St-Pétersbourg (KUGI) qui ont été remplacées en décembre 1993 par un
nouvel actionnaire, le Fonds international de charité pour le sauvetage de St-
Pétersbourg/Leningrad, dirigé par un certain A.D. Margoulis. A l’origine, Neva
Shans avait pour directeur un certain Valeri Victorovich Palamartchouk, un ancien
officier du KGB, auquel a rapidement succédé Igor Vladimirovich Gorbenko, un
des directeurs de sociétés et actionnaire du Konti Group propriété de Mikhail
Mikhailovich Mirilachvili. Le but initial de cette société consistait à canaliser
l’ensemble des revenus et taxes provenant des maisons de jeux dévolus à la
Municipalité. Mais il a très vite été supplanté par une autre activité, laquelle consistait
à encaisser les « primes de protection » (krysha) versées par les différents
établissements pour être tranquilles. Le 31 janvier 1994, la Mairie de St-
Pétersbourg a décrété que les sociétés autorisées à ouvrir et exploiter un casino
devaient être détenues au moins à hauteur de 51% par la société Neva Shans,
permettant ainsi à la Municipalité de pouvoir exercer un contrôle sur ces
établissements, à l’époque une trentaine. Neva Shans est, entre autres multiples
participations, actionnaire de Konti Group, la holding du parrain criminel Mikhail
Mikhailovich Mirilachvili.
Mikhail Mikhailovich Mirilachvili15, surnommé Micha Kutaiski, né le 1er mai
1960/1961, Géorgien, est détenu depuis janvier 2001 parce que suspecté d’être
l’instigateur d’enlèvements d’hommes d’affaires et d’avoir commandité des meurtres.
Avec sa famille, il contrôle le Konti Group. Il est président de Russkoe Video et de
15 Les informations le concernant sont tirées de sa fiche auprès du RUBOP de St-Pétersbourg, organe
de lutte contre les organisations criminelles
la Communauté juive de St-Pétersbourg, membre du conseil d’administration de
Lukoil St-Petersburg ( partenaire ainsi de l’oligarque Vagit Iossupovich
Alekperov, le président de la compagnie pétrolière Lukoil) et un des dirigeants de
Rossiiskaya Finansovaya Korporatsiya. Il entretient des relations d’affaires avec
Vladimir Poutine, Lioudmila Naroussova (la veuve de Anatoli Sobtchak l’ancien
maire de St-Pétersbourg), avec Vladimir S. Goloubev surnommé Barmalei,
considéré comme membre du groupe criminel Tambovskaya, et avec Ilia I. Traber,
autre parrain criminel spécialiste des antiquités et ancien officier de marine.
Une autre source16 indique que Mikhail Mikhailovich Mirilachvili est très lié à
Vladimir Igorevich Kogan, né le 24 avril 1963. Tous deux auraient été associés
dans le trafic de diamants. Vladimir Igorevich Kogan, considéré comme le banquier
de Vladimir Poutine, a été en étroite relation avec l’ancien maire de St-Pétersbourg
Anatoli Sobtchak et est passé en très peu d’années de mécanicien sur automobiles
à président du conseil de surveillance et actionnaire majoritaire de la Promstroibank
de St-Pétersbourg, après avoir été directeur du magasin Petrovsky et président de
la Promychlenno Stroitelni Bank. Vladimir Igorevich Kogan, un associé de
l’oligarque Oleg Vladimirovich Deripaska le patron de Russky Alumini (Rusal), a
également été suspecté d’avoir commandité des meurtres et d’être en relation avec
Konstantin Yakovlev, surnommé Kostia Moguila, un parrain criminel du groupe
Tambovskaya, d’une faction rivale à celle de Vladimir Sergeevich Koumarine.
Les relations entre Mikhail Mikhailovich Mirilachvili et Vladimir Vladimirovich
Poutine ne se limitent pas à ce qui vient d’être évoqué. En tant que responsable du
programme de privatisation de la ville, ce dernier a notamment traité les cas de la
distillerie Samtrest, de l’Hôtel Astoria, de la chaîne TV Channel-11 et de Baltiisky
Morskoi Parochodstvo (Compagnie maritime de la Baltique).
A l’époque soviétique, la production et la distribution de vins et autres alcools étaient
gérés par un organisme central, communément appelé Samtrest, couvrant
l’ensemble des anciennes républiques, où il avait des antennes locales. Les deux
républiques produisant la quasi majorité des vins étaient la Géorgie et la Moldavie.
La distillerie Samtrest de St-Pétersbourg, fondée en 1947 et qui est une des plus
importantes du pays, traitait une part importante de la production viticole géorgienne.
Les « kompromats »17 ne mentionnent pas de détail sur la privatisation de cette
distillerie, indiquant simplement qu’elle a eu lieu à travers le groupe criminel de
Mikhail Mirilachvili, sans faire part de quelque malversation ou acte de corruption.
Cette même documentation révèle qu’en 1998 (Vladimir Poutine se trouve déjà à
Moscou) a eu lieu la privatisation de 40% des actions de l’Hôtel Astoria de St-
Pétersbourg. A cette occasion, Vladimir Poutine aurait tenté d’accroître sa propre
participation au sein de la société ayant emporté la mise. Il ne serait pas parvenu à
ses fins, les actions convoitées étant allées à Alexandre Sabadash, homme
d’affaires de St-Pétersbourg propriétaire notamment de deux distilleries et d’une
importante unité de production d’aluminium, ce qui provoqua une vive réaction de
Vladimir Poutine qui aurait menacé de détruire une des usines de l’intéressé.
Alexandre Sabadash lui aurait versé une somme de 800’000 dollars pour régler leur
16 voir RFE/RL Business Watch des 7 et 14 mai 2002, article intitulé « Vladimir Kogan : Poutine’s low-
key banker
17 voir note de bas de page no. 14
différend. Il faut d’autre part préciser que Mikhail Mikhailovich Mirilachvili a été en
conflit, les détails à ce propos ne nous sont cependant pas connus, avec Alexandre
Sabadash pour la prise de contrôle de l’Hôtel Astoria, bâtiment abritant le Casino
Admiral, un des sept casinos de la ville contrôlés par Mikhail Mirilachvili. Sur la
base de ce qui précède, on peut donc en déduire que les intérêts de Vladimir
Vladimirovich Poutine convergeaient alors avec ceux de Mikhail Mikhailovich
Mirilachvili. Ce dernier ayant été arrêté en janvier 2001, on peut aussi en conclure
que son appartenance à une branche du groupe criminel Tambovskaya, rivale du
« courant » de Vladimir Sergeevich Koumarine, lui porte préjudice dans la mesure
où l’influence de ce dernier courant paraît être indéniablement plus importante
aujourd’hui dans l’entourage direct de l’actuel président russe.
Mikhail Mikhailovich Mirilachvili est président de la société Russkoe Video,
laquelle a acquis la chaîne de télévision TV Channel-11 de St-Pétersbourg lors de la
privatisation de celle-ci. Comme dans nombre d’autres cas, cette opération ne s’est
pas déroulée selon les termes de la loi. Il en avait été de même en 1997 avec
Russkoe Video, un temps propriété de l’oligarque Vladimir Alexandrovich
Goussinsky, lequel avait acquis cette société de production télévisuelle pour une
somme dérisoire. L’historique de Russkoe Video est long et compliqué et le propos
n’est pas de le détailler ici. Une enquête pénale a été ouverte suite à l’acquisition,
apparemment entachée d’irrégularités, de TV Channel-11 par Russkoe Video,
opération à laquelle Vladimir Poutine a participé. Russkoe Video, société holding
contrôlant plusieurs autres sociétés dont celle du Lomonosov Port, détient des parts
de Casino Konti et de Rossiiskaya Finansovaya Korporatsiya. Le directeur de
Russkoe Video était Dmitri Dmitrievich Rojdestvensky. Celui-ci avait été arrêté en
1998 en relation avec l’enquête relative à cette privatisation, escroquerie et pour
avoir dirigé le tournage illégal de films pornographiques, puis a été libéré pour
raisons de santé en août 2000. Les « kompromats » mentionnent par ailleurs que ce
dernier a financé des voyages à l’étranger de Lioudmila Alexandrovna Poutina,
l’épouse de Vladimir Poutine. Une autre source18,
Dmitri Dmitrievich
Rojdestvensky est un des dirigeants de l’Ordre de Saint-Jean de Jerusalem
(branche russe de l’Ordre de Saint-Jean de Terre Sainte), dont le siège se trouve
dans l’ancien hôtel particulier des grands princes russes à St-Petersbourg. Cet ordre
était alors (1998) présidé par Valeri Eremine, un personnage influent du milieu
criminel de la ville lié à l’époque au « voleur-dans-la-loi » Vladimir Feoktissov. Un
autre dirigeant de l’ordre était Vladimir Grounine, ancien colonel du KGB, qui dirige
le secteur maritime de la société Russkoe Video.
Le secteur maritime de Russkoe Video exerce notamment le contrôle sur le transit
des marchandises entrant ou sortant par le Lomonosov Port, ancien port maritime
militaire reconverti en port commercial à l’instigation de Anatoli Sobtchak, Vladimir
Poutine et Victor Vassilievich Tcherkessov, actuel gouverneur de la région du
Nord-Ouest et ancien officier du KGB puis FSB à St-Pétersbourg. Lomonosov Port
a obtenu un statut de poste-frontière en mars 1996 et il a été un des passages
obligés de la contrebande à l’exportation de matières premières russes et à
l’importation de denrées alimentaires et biens de consommation. La construction
d’un nouveau port maritime à Lomonosov au sud de St-Pétersbourg a été approuvée
en mars 2002 et sa réalisation a été confiée à l’entreprise générale Yantar,
18 voir l’hebdomadaire russe « Strictement confidentiel » du 31 mars 1998, article consacré au criminel
Valeri Eremine
constituée en 2001, appartenant au holding Krosna et dont le directeur général est
Iouri Tkatch19. Vladimir Poutine aurait participé activement à la vente illégale à
l’étranger et à des prix nettement en-dessous de leur valeur de navires militaires tels
que des sous-marins, exportés via la zone territoriale du Lomonosov Port, ceci avec
l’aide de l’ancien commandant en chef de la flotte soviétique de la Baltique, Valeri
Vassilievich Grichanov, devenu par la suite vice-gouverneur de St-Pétersbourg.
La documentation dont nous disposons n’est toutefois pas suffisamment précise au
sujet des noms et raisons sociales des entités morales privatisées dans des
conditions douteuses avec la participation de Vladimir Poutine, de sorte qu’il est
difficile de définir actions, relations et compromissions touchant le domaine maritime
de St-Pétersbourg et de la région. Pour éviter toute confusion, il est préférable de
relater les éléments précis à disposition en tentant de réunir les informations qui
peuvent s’associer entre elles.
Lomonosov Port était un port militaire servant de port d’attache à des navires de la
Flotte de la Baltique, alors commandée par Valeri Vassilievich Grichanov.
Vladimir Poutine participe activement à sa reconversion en port maritime
commercial qui obtient un statut de « poste-frontière » en mars 1996. Vladimir
Poutine, avec l’aide ou la complicité de Valeri Grichanov, a vendu illégalement à
l’étranger des navires à vocation militaire à travers cet ensemble portuaire. Le
commerce d’import-export par cette zone douanière est contrôlé par le département
maritime de Russkoe Video, une société elle-même contrôlée par Mikhail
Mirilachvili, un parrain du monde criminel de St-Pétersbourg. La relation
« hiérarchique » existant entre Mikhail Mirilachvili et
Vladimir Sergeevich
Koumarine, le chef présumé du groupe criminel Tambovskaya, n’est pas mieux
définie, du moins pas à notre connaissance. Le seul élément disponible à ce sujet
fait état des habitudes nocturnes de Vladimir Koumarine à fréquenter le Casino
Konti de Mikhail Mirilachvili.
Le groupe criminel Tambovskaya, le plus influent de St-Pétersbourg et sa région,
contrôle quasi totalement Morskoi Torgovy Port, le port maritime commercial de St-
Pétersbourg, de même que Severno Zapadnoe Parochodstvo, la compagnie de
navigation du Nord-Ouest, au sein desquels le groupe criminel est actionnaire par
l’intermédiaire de la société pétrolière PTK Peterburgskaya Toplivnaya
Kompaniya. Certaines sources indiquent que Morskoi Torgovy Port est dirigé par
l’homme d’affaires Iouri Evguenievich Rydnik et contrôlé par le parrain criminel
présumé Ilia I. Traber, membre influent de Tambovskaya, alors que d’autres
sources font état du fait que Ilia I. Traber dirige Baltiisky Morskoi Parochodstvo
(Compagnie maritime de la Baltique), compagnie dont la privatisation frauduleuse a
été l’œuvre de Vladimir Vladimirovich Poutine et dont PTK Peterburgskaya
Toplivnaya Kompaniya est également actionnaire.
En l’état, il est difficile de dire si Lomonosov Port et Morskoi Torgovy Port ne sont
qu’une seule et même entité, tout comme d’affirmer que le parrain criminel présumé
Ilia I. Traber est présent tant au sein de Morskoi Torgovy Port que de Baltiisky
Morskoi Parochodstvo. Ce qui reste toutefois certain, ce sont les relations étroites
et intensives entretenues par Vladimir Poutine avec des structures et milieux
19 voir Pravda du 7 mars 2002, article intitulé « New seaport to be built in Lomonosov, Leningrad
region »
criminels, notamment à l’époque de son passage à la Mairie de St-Pétersbourg.
Nous n’avons pas ici développé l’ensemble des informations disponibles à propos de
toutes les entités d’Etat privatisées plus ou moins régulièrement au cours de cette
période, ce qui n’empêche pas de constater cette étroite interrelation qui sera encore
développée plus loin dans cette étude.
Une autre source20 indique que Vladimir Poutine a refusé de démissionner de son
poste d’adjoint au maire de la ville, démission réclamée par plusieurs membres du
parlement municipal à la suite du scandale provoqué par les privatisations douteuses
de Baltiisky Morskoi Parochodstvo et de l’Hôtel Astoria. A la suite de cet épisode
où il a été soutenu par Anatoli Sobtchak, Vladimir Poutine va être nommé, avec
l’appui formel de Victor Guerachtchenko alors président de la Banque Centrale de
Russie, membre du conseil de surveillance de la Peterburgskaya Bank
Rekonstruktsii y Razvitiya (Banque de St-Pétersbourg pour la reconstruction et le
développement), constituée par le Comité des Biens de St-Pétersbourg (KUGI) et
plusieurs autres entités privées.
Peterburgskaya Bank Rekonstruktsii y Razvitiya a été constituée en novembre
1994 et a pour président Dmitri Vladimirovich Pankine. Il est possible que ce
dernier soit le fils du nommé Vladimir V. Pankine, directeur général de la société
Jack Pot OOO active dans les jeux de hasard et contrôlée par Mikhail Mikhailovich
Mirilachvili au travers de son représentant Boris Efimovich Spektor et la société
Fotinos Ltd basée à Chypre. Le Comité des Biens de St-Pétersbourg (KUGI) est
actionnaire de cette banque à hauteur de 6,84%, les autres actionnaires principaux
étant Severo Zapad Telekom avec 18,30%, Severo Zapad Investitsionny Tsentr
avec 18,25%, Severo Zapadnaya Finansovaya Kompaniya avec 9,97%, AVK
Investitsionny Kompaniya avec 18,58%.
Il faut ici ouvrir une nouvelle parenthèse pour préciser certains éléments relatifs à
ces sociétés et à certains de leurs dirigeants. Vladimir Vladimirovich Poutine a été
promu en mars 1994 au titre de premier vice-maire de St-Pétersbourg par Anatoli
Sobtchak, lequel lui confie les tâches administratives, étant lui-même plus porté sur
la politique que les affaires. En octobre 1994, soit quelques semaines avant la
constitution de la banque Peterburgskaya Bank Rekonstruktsii y Razvitiya,
German Oskarovich Gref, l’actuel ministre du Développement économique et du
Travail, est promu au poste de directeur du département immobilier et vice-directeur
du Comité des Biens de St-Pétersbourg. La banque est constituée le 2 novembre
et enregistrée comme société par actions le 11 novembre 1994. Le 4 novembre 1994
est (opportunément ?) assassiné Igor Karenine, directeur général de Severo
Zapadnaya Finansovaya Kompaniya, une des sociétés actionnaires de la banque.
AVK Investitsionny Kompaniya a été constituée en 1993 par Igor Vladimirovich
Kostikov, nommé le 1er février 2000 par Vladimir Poutine au poste de président de
la toute puissante Commission fédérale des Valeurs et des Titres, organe statuant
sur l’octroi des licences commerciales aux sociétés russes.
Igor Vladimirovich Kostikov, né le 19 juin 1958, a participé à la mise sur pied de la
Bourse des Titres et Valeurs de St-Pétersbourg et, à ce titre, a travaillé
étroitement avec Vladimir Poutine, responsable du projet. A cet effet, il avait
20 voir « Vladimir Poutine – Mr. Nobody of Russian Politics ? par Oleg Danilovich Kalouguine, général
du KGB en retraite
constitué les sociétés Marka Ltd en 1990 et AVK Investitsionny Kompaniya en
1993. Il a été nommé en mars 1999 au poste de vice-président du Comité des
Finances de St-Pétersbourg. En tant que fonctionnaire de la Municipalité, il n’était
pas autorisé à détenir personnellement des participations dans des sociétés privées.
Initiateur et défenseur du code de bonne conduite devant régir la gestion des
sociétés russes, il n’applique cependant pas pour lui-même les règles qu’il impose au
monde russe des affaires. A ce jour, il contrôlerait toujours la majorité des actions de
AVK Investitsionny Kompaniya, sous le couvert d’une société offshore
Bishopsgate UK Investments Limited, administrée par la fiduciaire anglaise
Simpson Froud à Orpington/Kent/UK. Bishopsgate UK Investments Limited a été
enregistrée le 23 septembre 1996 et mise en liquidation en février 1999. Quant à
Simpson Froud, son directeur Geoffrey J. Simpson, il a été condamné par le
tribunal Old Bailey de Londres pour abus sexuels et viols d’enfants mineures 21.
Quelque six mois avant la nomination de Igor Kostikov à la présidence de la
Commission fédérale des Valeurs et des Titres, AVK a reçu une autorisation
fédérale d’agent général pour le marché des valeurs et des titres, des titres
obligataires émis par les communautés publiques, occupant depuis une position
dominante dans ce secteur, gérant quelque 40% de la dette publique de Russie 22.
Ainsi, une part très importante des dettes publiques russes est contrôlée par une
société privée, sise à l’étranger et en état de liquidation, dont l’actionnaire majoritaire
est le président de la Commission fédérale des Valeurs et des Titres, coopté à ce
poste par son ami l’actuel président russe.
Le dernier actionnaire privé important à la création de la banque Peterburgskaya
Bank Rekonstruktsii y Razvitiya dont il faut encore parler est la société Severo
Zapad Telekom. Severo Zapad Telekom est une des sept nouvelles entités
régionales nées de la restructuration du secteur des télécommunications en Russie,
dont le holding faîtier est Svyazinvest. Le directeur général, depuis octobre 1999, de
Svyazinvest est Valeri Nikolaevich Yachine.
Valeri Nikolaevich Yachine, né le 21 juin 1941, a été dès 1992 membre dirigeant
notamment des sociétés PTS Peterburgskaya Telefonnaya Set
(réseau
téléphonique de St-Pétersbourg) rebaptisé Severo Zapad Telekom, Delta Telekom
JSC, PeterStar JSC, et dès 1994 un des directeurs de la Peterburgskaya Bank
Rekonstruktsii y Razvitiya. Depuis juin 2000, il est aussi président de la direction
de Rostelekom. Finalement, il est un des fondateurs et a été président du conseil
d’administration de Telekominvest.
Telekominvest est une holding contrôlant une trentaine de sociétés prestataires de
services dans l’ensemble des secteurs des télécommunications et desservant la
région nord-ouest du pays. Telekominvest a été constituée en été 1994 à
l’instigation des deux sociétés PTS Peterburgskaya Telefonnaya Set (Severo
Zapad Telekom) et SPMMT St-Peterburgsky Mejdougorodny Mejdounarodny
Telefon. Le président de PTS de 1992 à 1999 a été Valeri Nikolaevich Yachine,
ministre des
secondé par
Télécommunications. Tous deux ont aussi été dirigeants de Telekominvest et tous
Leonid Dododjonovich Reiman,
l’actuel
21 voir Express Newspapers Ltd, par Anthony Mitchell, article intitulé « Accountant used girl, 12 as sex
slave »
22 voir International Business, par Sabrina Tavernise, article intitulé « Russia’s securities czar : I want
the market to work » et Novaya Gazeta, 3-5 décembre 2001, article intitulé « The fox is best guardian
of the henhouse »
deux ont été appelés par leur ami Vladimir Poutine à prendre des postes importants
au niveau fédéral.
L’historique des télécommunications en Russie est un sujet passionnant autant que
compliqué par le jeu des participations croisées, des regroupements et des passages
multiples de personnes d’une société à une autre. Notre propos n’est d’ailleurs pas
d’en relater les moindres péripéties. Il faut néanmoins s’attarder sur Telekominvest,
puisque les principaux acteurs y évoluant sont des proches du président russe et que
les éléments intéressants à mentionner nous portent à s’interroger dans quelle
mesure Vladimir Poutine peut y avoir intérêt.
Depuis 1996, l’actionnariat de Telekominvest est constitué de 25% d’actions
détenues par PTS/Severo Zapad Telekom, 24% par SPMMT, et 51% par FNH First
National Holding SA, une société basée à Chypre ou au Luxembourg, présentée
comme une filiale de la banque allemande Commerzbank AG. Il n’est pas établi qui
détient les actions et contrôle de fait FNH First National Holding SA, mais il
apparaît clairement que l’Etat ne contrôle plus Telekominvest et les importants
revenus qu’il génère à travers les multiples sociétés qui lui sont affiliées. Comme
dans nombre d’autres exemples, l’Etat a financé la mise en place des infrastructures
et les bénéfices sont canalisés vers des personnes privées, sous le couvert de
sociétés opaques, le plus souvent sises à l’étranger. Certaines sources sont de l’avis
que le cercle des personnes proches de Valeri Yachine et Leonid Reiman tire profit
de cette situation23. Les soupçons à cet égard sont renforcés par plusieurs cas
étranges survenus depuis l’entrée en fonction au niveau fédéral de ces deux
personnes, où un favoritisme manifeste au bénéfice de Telekominvest ou une des
sociétés affiliées a été constaté pour l’octroi de licences d’exploitation de réseaux ou
de travaux d’infrastructure. Des rumeurs de corruption à l’encontre de Leonid
Reiman, un proche de Vladimir Poutine depuis de nombreuses années et nommé
par ce dernier en novembre 1999 au poste de ministre des Télécommunications, se
sont répandues notamment suite à des décisions prises au détriment de sociétés
moscovites dans l’octroi de licences pour les fréquences de téléphones cellulaires.
Telekominvest, à travers ses filiales Delta Telekom et Severo Zapad GSM, occupe
une position dominante dans le secteur de la téléphonie mobile de la région de St-
Pétersbourg avec une part de marché de près de 90%, le reste allant au troisième
opérateur non affilié, St-Petersburg Telecom, dont le directeur général a été dès
février 1995 Vladimir Alexeevich Smirnov, autre ami proche de Vladimir Poutine
et dirigeant de la SPAG St-Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG, dont
nous parlons plus loin.
Parmi la trentaine de sociétés affiliées à Telekominvest, il y a lieu de citer
PeterStar, St. Petersburg Transit Telecom (PTT), TCI-Telesens en Allemagne,
Radio-Tel JSC Ltd, MegaFon constituée en mai 2002 de la fusion de Severo Zapad
GSM et de Sonic Duo. MegaFon est dirigée par Alexandre Nikolaevich Volkov et
Iouri Andreevich Pavlenko, ancien premier vice ministre des Télécommunications.
TCI-Telesens est une société mixte constituée au début de 2001 avec la société
allemande TelesensKSCL, au sein de laquelle Telekominvest détient 49% du
23 voir notamment St-Petersburg Times, Investment Special 1999, par Serguei Gratchev, article intitulé
« A good connection makes all the difference in the telecoms game » et International Business, par
Catherine Belton, article intitulé « The friends of Vladimir »
capital, et est spécialisée dans la facturation du trafic téléphonique. TelesensKSCL,
présidée par son actionnaire principal, Gennadi Man, a été mise en faillite le 1er
septembre 2002.
Parmi les personnes faisant partie du cercle proche de Valeri Nikolaevich Yachine,
et de Leonid Dododjonovich Reiman, il faut citer Alexandre Nyago, né le 15 août
1948, qui a été directeur général de Severo Zapad GSM puis de Telekominvest,
avant d’être nommé par Vladimir Poutine en août 2001 à la présidence de la
société TVEL, active dans le secteur nucléaire ; Andrei Victorovich Mikhaylenko,
né en 1964, directeur général de Telekominvest depuis août 2001 ; Leonid
Denissov, né le 19 décembre 1963, directeur général de Sonic Duo ; Serguei
Kouznetsov, directeur général de PeterStar puis nommé en février 2001 directeur
général de Rostelecom ; Alexei Nichiporenko, né le 4 février 1966, ayant été
employé de Severo Zapad GSM, dirigeant à Telekominvest, directeur de Sonic
Duo, récemment nommé vice-directeur de MegaFon ; Ruslan Vitalievich Filatov,
récemment nommé vice-directeur de MegaFon.
Pour clore le chapitre relatif aux actionnaires de la Peterburgskaya Bank
Rekonstruktsii y Razvitiya, il faut rappeler que le Comité des Biens de St-
Pétersbourg y détenait 6,84% des actions, qu’au moment de la création de la
banque, ce comité était présidé par Mikhail Vladislavovich Manevitch, né le 18
février 1961 et assassiné le 18 août 1997. Ce dernier avait pour adjoint German
Oskarovich Gref, nommé en octobre 1994, soit quelques semaines avant la
création de la banque.
De parents allemands déportés en 1941 par Joseph Staline, German Oskarovich
Gref est né le 8 février 1964 au Kazakhstan. Il a étudié le droit à l’université de
Omsk, obtenant son diplôme de droit à l’université de St-Pétersbourg. En 1991, il a
été nommé chef du Comité des Biens immobiliers pour le district de Petrodvorets
à St-Pétersbourg, avant d’être promu en octobre 1994 responsable de l’ensemble du
secteur immobilier de la ville et vice-président du Comité des Biens de St-
Pétersbourg (KUGI). Le 28 août 1997, il est promu président de ce comité, suite à
l’assassinat de Mikhail Manevitch. En septembre 1997, il entre au conseil de
direction de la société Lenenergo et en janvier 1998, il est appelé au
Goskomimouchestvo (Comité des Biens d’Etat de Russie). En avril 1998, il entre
au conseil de direction de Peterburgsky Morskoi Port (Morskoi Torgovy Port ?),
puis en juin 1998 à celui de TV-Channel-5 de St-Pétersbourg. Il est nommé le 12
août 1998 premier vice-ministre du Goskomimouchestvo et le 30 décembre 1998
entre au Conseil de coordination des affaires économiques de Russie, occupant un
poste de représentant de l’Etat au sein de grandes sociétés telles que Svyazinvest,
Gazprom, Aeroflot, FKCB ou encore Transneft. Il est promu le 18 mai 2000 par
Vladimir Poutine au poste de ministre du Développement économique, du
Commerce et du Travail.
Ceci pour son « cursus honorum » et selon sa biographie officielle. Celle-ci ne fait
pas état de sa fonction de conseiller, dès la création de la société, de la SPAG St-
Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG à Frankfort/Main/D, conjointement à
Vladimir Vladimirovich Poutine, et à Oleg Andreevich Khartchenko, chef du
Comité d’urbanisation et d’architecture de St-Pétersbourg. Il n’est pas clairement
établi s’il est encore conseiller de cette société ou s’il s’en est lui aussi retiré, pas
plus qu’il n’est déterminé s’il en a tiré quelque profit matériel. Sa biographie officielle
n’évoque pas non plus le rôle qu’il aurait joué, durant ses années à la Mairie de St-
Pétersbourg, dans un programme de camouflage des opérations d’espionnage
économique menées par les services secrets russes, de même qu’elle ne fait pas
état des rumeurs le mettant en cause dans des malversations liées au programme
de privatisation de la ville. Selon celles-ci24, il a joué un rôle plus que trouble dans la
privatisation immobilière, la constitution et la disparition de plusieurs agences
immobilières, provoquant des pertes en millions de dollars pour certains
investisseurs, notamment dans le cas de l’agence Nevsky Prostor, alors détenue à
hauteur de 40% par la Mairie de St-Pétersbourg. Un programme de construction
d’habitations avait été mis sur pied et invitait les investisseurs intéressés à placer
sans délai leurs fonds dans cette opération. Quelque quatre-vingt millions de dollars
furent ainsi réunis par le biais de l’agence Nevsky Prostor, les constructions se font
cependant toujours attendre, l’agence Nevsky Prostor déclarée en faillite, et la
Mairie de St-Pétersbourg s’est entre-temps retirée de l’actionnariat de l’agence.
L’enquête ouverte pour déterminer ce qu’il est advenu des fonds réunis s’est semble-
t-il enlisée quelque part, tout comme celle ouverte au sujet de la privatisation
frauduleuse du Palais Gorchakov abritant alors une trentaine de services
administratifs de la région de Leningrad et d’organisations à vocation sociale ou
d’entraide pour les personnes âgées ou handicapées.
Les rumeurs concernant German Oskarovich Gref font également état de son rôle
douteux dans la gestion du projet de construction d’un village pour le relogement à
St-Pétersbourg de citoyens russes d’origine allemande qui avaient été déportés au
Kazakhstan. Promoteur de cette initiative peu après son installation au Comité des
Biens immobiliers pour le district de Petrodvorets à St-Pétersbourg, il réunit des
partenaires russes et allemands pour sa réalisation, dont la gestion était confiée à
une société constituée à cet effet, Neudorf-Strelna, dont le directeur général est
Serguei Kelbach. Cette société obtint un crédit de vingt millions de dollars de la part
d’une banque allemande pour mener à bien la construction qui devait s’achever en
1999. Celle-ci ne s’est achevée qu’en 2001, non sans l’injection de crédits
complémentaires, le déplacement de familles de militaires russes et la reconversion,
signée de German Gref le 29 juin 1998, du palais du Prince Lvov, sis dans le
quartier de Strelna et qui abritait un centre de réadaptation pour enfants handicapés,
en un restaurant avec casino.
Le nom de German Oskarovich Gref est encore lié à la privatisation frauduleuse,
puisque survenue sans aucune mise aux enchères faisant jouer la concurrence, de
l’ensemble immobilier Sennaya Ploshchad, attribué à l’homme d’affaires Nikolai
Ponomarev. German Gref aurait reçu en échange de cette faveur une somme de
six cent mille dollars. La rénovation de ce complexe, comprenant notamment les
marchés Sennaya et Troitsky et le centre commercial Apraksin Dvor, a été confiée
à la société Piter Kommechersky Tsentr Ltd, dont le vice-directeur général est le
nommé Serguei Igonine. L’enquête instruite à ce sujet a été suspendue, le seul
témoin en mesure d’apporter quelque lumière ayant été assassiné. La rénovation de
cet ensemble immobilier a été entreprise en 2001, projet estimé à quelque 30
millions de dollars. Le permis de construire a été accordé à la société Sovetnik, dont
le directeur général est un certain Serguei Orlov, et le financement du projet est
24 voir Russia Monitor 2001-42, Discreting material ou « kompromat » et St-Petersburg Times du 2 juin
2000, article intitulé « Moscow quiet on Gref’s past »
assuré par Petromir Holding, une société appartenant à Mikhail Mikhailovich
Mirilachvili25. Serguei Orlov doit en fait correspondre à Serguei Firsovich Orlov
qui est directeur financier de VSD+K VS Development + Konsulting, société
propriété de Vladimir Alexeevich Smirnov. Le secret a été longtemps gardé sur
l’identité des financiers et investisseurs de ce projet. Il a été parlé un temps de la
société Demifin SA, sise à Luxembourg. Le 27 septembre 2002, l’assemblée
générale de la société Demifin SA s’est tenue à Luxembourg et a confirmé dans leur
fonction dirigeante ses administrateurs, à savoir Carmine De Vizia, Nicola De Vizia,
tous deux à Turin/I Mikhail Mirilachvili et Semen Livshits, tous deux à St-
Pétersbourg26
Pour en terminer avec German Oskarovich Gref, rappelons que depuis septembre
1997, il siège au conseil de direction de la société énergétique Lenenergo, dont le
président du conseil de direction est Alexei Leonidovich Koudrine, ministre des
Finances de Russie et le directeur général Andrei Nikolaevich Likhatchev, né le 13
octobre 1965 à Grozny, lequel est depuis octobre 1998 président du Comité des
Biens de St-Pétersbourg (KUGI), alors que le président du conseil d’administration
est Leonid Borisovich Melamed, né le 21 juin 1961, premier vice président de RAO
EES Rossia et directeur exécutif de Rosenergoatom. Quant à Lenenergo,
plusieurs de ses sociétés affiliées sont de fait contrôlées par le groupe criminel
Tambovskaya.
Parmi les autres proches de Vladimir Vladimirovich Poutine, avec lequel il a fait
ses études de droit, il faut encore mentionner Victor Vassilievich Tcherkessov, né
en 1950, entré en 1975 au KGB, ancien chef du FSB de St-Pétersbourg, nommé en
mai 2000 au poste de gouverneur de la nouvelle région du Nord-Ouest. Marié à
Natalia Sergeevna Tchaplina, ils ont fait l’objet d’une enquête ouverte après la
défaite électorale de Anatoli Alexandrovich Sobtchak en juin 1996 pour soupçons
de corruption, étant suspectés d’avoir obtenu illégalement un grand appartement au
cœur de la ville. Victor Tcherkessov a été un des acteurs, avec Vladimir Poutine,
de la reconversion de Lomonosov Port (voir ci-dessus) et en 1997 aurait participé à
la vente illégale de l’immeuble abritant le journal Chas Pik, dont la rédactrice en chef
était l’épouse de Victor Tcherkessov. Ce dernier, ami de longue date de l’actuel
président russe, a eu recours aux services de garde-du-corps pour sa protection
personnelle d’un sbire des parrains criminels de St-Pétersbourg,
Vladimir
Sergeevich Koumarine et Alexandre Ivanovich Malychev27.
L’enquête ouverte à l’instigation des adversaires de Anatoli Sobtchak dès les
lendemains de sa défaite électorale de juin 1996 a naturellement concerné ses plus
proches collaborateurs, dont Vladimir Poutine. Elle avait pour but de réunir les
preuves de corruption de fonctionnaires, d’abus de biens sociaux et de malversations
commises lors des transactions immobilières réalisées dans le cadre du programme
de privatisation. Comme dans nombre d’autres cas, cette enquête s’est enlisée sous
la pression des acteurs concernés et n’a apparemment pas entraîné de
condamnation. Le cas le plus connu mis à jour par cette enquête concerne la société
Corporation XX Trust, laquelle avait reçu des fonds publics à hauteur de 2 ou 3
25 voir Delovoy St-Petersburg du 25 novembre 2002, article intitulé « Investors of a trading center on
Sennaya showed their face »
26 voir Journal Officiel du Luxembourg, daté du 7 octobre 2002
27 voir Jamestown Foundation Monitor, 27 août 2001
millions de dollars pour la construction d’un centre commercial Pierre-le-Grand qui
devait être le plus grand de la ville et la réfection d’un monastère orthodoxe en Israël,
subvention notamment agréée par Vladimir Poutine. Le centre commercial n’a
jamais été construit, l’argent a été détourné et a été utilisé en 1993 pour l’acquisition
d’une trentaine d’appartements et d’un hôtel à Torrevieja près d’Alicante en Espagne.
Certaines sources font état de la présence répétée de Vladimir Poutine à cet
endroit et qu’une partie de l’argent aurait été utilisée par ce dernier pour l’acquisition
d’une villa personnelle à Benidorm. Cette opération, à laquelle sont associés les
noms de Serguei Nikolaevich Nikechine, un entrepreneur et député municipal
ayant dirigé Corporation XX Trust, et d’un certain Goldman, aurait également servi
de couverture pour faire disparaître d’importantes sommes d’argent public au travers
d’un programme de voyages de vacances, avant tout vers l’Espagne, pour les
personnes âgées et les vétérans de la guerre, grâce à un système de surfacturation
notable des frais de voyage et de séjour28. Au sujet du nommé Goldman, il doit en
fait s’agir de Vladimir Mikhailovich Golman, député à la Douma de St-Pétersbourg,
et président de Soyuzpetrostroy (Union des sociétés de construction de St-
Pétersbourg).
En tant que président du Comité des Relations économiques extérieures de St-
Pétersbourg,
Vladimir Vladimirovich Poutine occupait donc une position
stratégique au moment de l’ouverture du pays et de St-Pétersbourg en particulier sur
le monde extérieur. La disparition du régime soviétique a laissé derrière elle un vide
juridique total qui n’est aujourd’hui encore pas comblé et a ouvert la porte à toutes
les machinations, que ceux qui occupaient les postes-clef de l’ancien système ne se
sont pas privés d’exploiter. Dans le cas de St-Pétersbourg et de sa région, les
échanges économiques avec l’étranger se déroulaient par l’entremise de la structure
étatique LenFinTorg, laquelle a continué à être utilisée après décembre 1991 par la
Mairie de St-Pétersbourg, en premier lieu par Vladimir Poutine, notamment pour
les échanges commerciaux avec l’Allemagne. Le 6 juillet 1997, 32% de LenFinTorg
ont été privatisés, au prix de 634’000 dollars, une somme dérisoire basée sur une
estimation de la valeur réelle de la société remontant à 1992. Une enquête pénale a
été ouverte en 1998 sur la base d’une plainte du Comité des Finances de la ville
déposée contre le Comité des Biens de St-Pétersbourg, lequel avait décidé de la
privatisation partielle et de son prix29. Le Comité des Biens de St-Pétersbourg,
présidé jusqu’en août 1997 par Mikhail Manevitch puis par German Gref, fait
obstruction à l’enquête en refusant de remettre au Parquet les documents relatifs à
cette transaction ou en donnant des informations sur les acquéreurs du tiers de la
société LenFinTorg. Le directeur général de la société, Alexandre Anenkine a
déclaré ne pas connaître le montant de la transaction et ne pas savoir qui s’est porté
acquéreur. Faute de détails plus précis, il n’est pas possible d’affirmer ici que
Alexandre Anenkine est en fait Alexandre Anikine, l’adjoint de Vladimir Poutine à
la Mairie de St-Pétersbourg. Cela expliquerait pourtant la réticence de LenFinTorg
à fournir les indications requises sur son acquéreur.
**********
28 voir l’hebdomadaire russe Strictement confidentiel du 28 février 1998 ; le périodique espagnol El
Mundo des 24 et 25 mars 2000 ; Russia Monitor, 2000-46 et Newsday du 30 janvier 2000, article
intitulé « Poutine’s shadowy past »
29 voir St-Petersburg Times du 29 mai 1998, article intitulé « LenFinTorg suit splits City Hall »
Vladimir Alexeevich Smirnov
Vladimir Alexeevich Smirnov, né le 29 janvier 1957, est un homme d’affaires
considéré comme très avisé et dynamique. En l’espace d’une décennie, il a créé des
dizaines de sociétés – nombre d’entre-elles actives dans la construction – et circule
maintenant des les plus hautes sphères du pouvoir russe. La plupart des sociétés
qu’il a créées ou encore celles où il détient des participations significatives ont été
constituées durant la première moitié de la décennie.
Les détails biographiques à son sujet sont fort rares, du moins ne nous sont pas
connus. Au début de la décennie 1990, il semble avoir été en relation avec le groupe
criminel de Alexandre Malychev, puis, ayant fait connaissance avec Victor
Semenovich Novoselov, un homme d’affaires exerçant dans le secteur bâtiments et
travaux publics et député à la Douma de la ville, il entra en relation avec Vladimir
Sergeevich Koumarine, un proche du député. Vladimir Smirnov deviendra le
conseiller de Vladimir Koumarine en matière de gestion financière notamment et
leurs intérêts vont s’imbriquer au sein de nombreuses sociétés, créées au gré des
opportunités que leur apporteront leur position respective. Pour sa part, Vladimir
Smirnov a travaillé au sein de l’administration de la ville dans la gérance
immobilière, immeubles et terrains, durant une période de temps qui ne nous est pas
connue, mais autour de l’année 1992. Nous ne savons pas qui l’a coopté pour cette
fonction, mais il apparaît clair qu’il a connu Vladimir Poutine dès l’automne 1991,
qu’il a été partie prenante, conjointement à Vladimir Koumarine et au travers de
leurs sociétés, au programme de troc mis sur pied – avec le résultat que l’on sait –
par Vladimir Poutine pour ravitailler la ville de St-Pétersbourg au cours de l’hiver
1991-1992 en échange de matières premières. Bénéficiant de la confiance et de
l’amitié tant de Vladimir Poutine que de Vladimir Koumarine, Vladimir Smirnov
devient un élément central du développement des affaires de St-Pétersbourg, jouant
en quelque sorte le rôle de trait d’union entre l’autorité et le monde criminel,
permettant à chaque partie contractante de retirer des bénéfices que les opportunités
de développement laissent espérer. La conjonction du savoir-faire en matière
économique et financière, du pouvoir de l’autorité pour l’obtention des autorisations
et autres licences et de la force de dissuasion représentée par la puissance occulte
du monde criminel va permettre l’édification en quelques années d’un empire
économique qui contrôle aujourd’hui les secteurs les plus lucratifs, voire les plus
vitaux, du monde des affaires de St-Pétersbourg et de sa région.
Ne disposant pas des extraits du registre du commerce de St-Pétersbourg et de la
région de Leningrad nous permettant d’étudier par le détail l’ensemble des sociétés
liées à Vladimir Alexeevich Smirnov, il est difficile d’apporter une image précise de
ses relations avec des membres présumés du groupe criminel Tambovskaya, avec
d’autres cercles douteux ou encore avec des personnes liées à la Mairie de St-
Pétersbourg et/ou faisant partie des cercles de proches de Vladimir Poutine. Nous
allons donc nous limiter à relater sa présence au sein de PTK Peterburgskaya
Toplivnaya Kompaniya, de la SPAG St-Petersburg Immobilien und Beteiligungs
AG, de leurs sociétés affiliées et des sociétés au sujet desquelles nous disposons de
quelques éléments d’informations. Par ailleurs, il n’est pas défini dans quelle mesure
Vladimir Alexeevich Smirnov s’est retiré, depuis sa nomination en mai 2000 à un
poste de l’Administration présidentielle, de toutes les sociétés où il a siégé, ni
jusqu’à quel point il s’est effectivement séparé des participations qu’il y détenait. Le
détail de ses sociétés est relaté dans une pièce annexée.
En février 1995, soit peu après sa désignation par la Mairie de St-Pétersbourg
comme représentant des intérêts de la ville au sein de la SPAG, Vladimir
Alexeevich Smirnov apparaît en tant que directeur général de la société St-
Petersburg Telecom (rebaptisée ensuite en Fora Communications), société mixte
créée en été 1994 entre le Comité des Biens de St-Pétersbourg (KUGI) et la
société américaine Omni Capital contrôlée par Motorola Inc30. En peu de temps, St-
Petersburg Telecom deviendra un des trois opérateurs majeurs en téléphonie
mobile de la place.
Vladimir Alexeevich Smirnov est propriétaire à 100%, a été directeur et sans aucun
doute également fondateur de la société VSD+K Development + Konsulting
GmbH, créée le 9 juillet 1996. Cette société a eu notamment pour directeur Nikolai
Iourevich Maximov, porte-parole de la SPAG St-Petersburg Immobilien und
Beteiligungs AG, pour directeur financier Serguei Firsovich Orlov et pour
comptable Larissa Leonidovna Drozdova. En relation avec la société VSD+K
Development + Konsulting GmbH, il faut mentionner VS Kommerz GmbH, créée
le 10 juillet 1995, dont il détient une part importante et dont le directeur est un certain
Alexei Anachenkov, ainsi que la société VS Real Estate Investments Ltd,
enregistrée à Saint-Hélier/jersey/UK. A propos de cette société VS Real Estate
Investments Ltd, il y a lieu de préciser que Vladimir Alexeevich Smirnov doit y
détenir une participation importante et qu’il en est certainement le fondateur. D’autre
part, la société, de même que Vladimir Smirnov, représente les intérêts de la Mairie
de St-Pétersbourg au sein de la SPAG St-Petersburg Immobilien und
Beteiligungs AG31 et elle détient une part importante du capital-actions de la société
Znamenskaya ZAO, autre filiale de la SPAG.
Le 20 septembre 1996, soit au moment où Vladimir Poutine quitte St-Pétersbourg
pour Moscou, Vladimir Alexeevich Smirnov fonde la société Osero GmbH, dont il
est directeur et actionnaire à hauteur de 33%, les autres actions étant détenues par
Nikolai Chamanov et Vladimir Leonov. Or en novembre 1996 est constituée la
coopérative Osero s’occupant des intérêts d’un quartier de datchas sis sur les
berges de la côte de Karélie. Cette coopérative a pour initiateurs une petite dizaine
de personnes, dont
Vladimir Vladimirovich
Poutine, Iouri Valentinovich Kovaltchouk et Vladimir I. Yakounine.
Vladimir Alexeevich Smirnov,
Iouri Valentinovich Kovaltchouk est président du Centre de Recherche
Stratégique Severo-Zapad (Nord-Ouest) et actionnaire de la banque Rossia. Quant
à Vladimir I. Yakounine, né le 30 juin 1948, ancien officier du KGB, il a été un des
fondateurs, avec des amis, en 1991 d’une société pour attirer les investissements
étrangers à St-Pétersbourg, ainsi que président du conseil de direction de la banque
Rossia. Il a été membre – représentant les intérêts de la Mairie de St-Pétersbourg –
du conseil des directeurs de la Baltiisky Morskoi Parochodstvo (Compagnie
maritime de la Baltique) dirigée par le parrain criminel présumé Ilia I. Traber. En
octobre 2000, Vladimir I. Yakounine est nommé vice ministre des Transports de
Russie, en février 2002 premier vice ministre en charge du réseau routier et de la
30 voir Computergram (UK) du 21.02.1995
31 voir http://www.sp-ag.de, procès-verbal de l’assemblée générale du 29 août 2001
coordination avec les autres moyens de transports. A ce titre, il siège comme
représentant de l’Etat au sein de multiples structures commerciales à travers le pays,
voire à l’étranger. Depuis octobre 2002, il est membre du conseil d’administration de
Transrail Holding AG, sise à St-Gall, société gérant les diverses participations dans
d’autres sociétés à l’étranger du Ministère russe des Transports.
Vladimir Alexeevich Smirnov a été directeur, et l’est peut-être encore, de la société
Lennefteprodukt, enregistrée le 10 octobre 1997 (en tant que société privatisée ?),
active dans le commerce de produits pétroliers et carburants. Lennefteprodukt était
une des dix sociétés de la région du Nord-Ouest alors détenue et contrôlée par la
holding pétrolière Surgutneftegaz. Au cours de la période allant de 1994 à 1998, le
groupe criminel Tambovskaya a œuvré de manière à prendre le contrôle du marché
des carburants de la ville et Lennefteprodukt va passer dans son giron, en 1997
semble-t-il. PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya est fondatrice et aussi
actionnaire à hauteur de 5% de Lennefteprodukt.
.
Etroitement lié à Vladimir Vladimirovich Poutine qui l’a fait entrer le 10 mai 2000,
soit dans les jours qui ont suivi son investiture officielle, au service de
l’Administration des Biens du Kremlin, Vladimir Alexeevich Smirnov était
membre de la délégation de St-Pétersbourg qui s’est rendue à Frankfort/Main en
1992, avec l’actuel président russe, pour constituer la société SPAG St-Petersburg
Immobilien und Beteiligungs AG, dont il est un des fers-de-lance. Outre sa position
au conseil de surveillance et d’administration de la SPAG, Vladimir Alexeevich
Smirnov siège au sein de CM 1998 Vermögensverwaltungs AG à Mörfelden-
Walldorf. A St-Pétersbourg, il dirige les sociétés filiales dépendantes de la SPAG que
Projektmanagement- und
Inform-Future TOO,
sont
Investitionsgesellschaft mbH, Rif Security GmbH et House Master GmbH.
D’autre part, et jusqu’à sa nomination au Kremlin, il a assumé toutes les fonctions
dirigeantes jusqu’à la présidence de la société PTK Peterburgskaya Toplivnaya
Kompaniya (Compagnie des Carburants) de St-Pétersbourg. A ses côtés, le vice-
président n’est autre que Vladimir Sergeevich Koumarine, le chef présumé du
groupe criminel Tambovskaya qui contrôle nombre de secteurs économiques en
ville de St-Pétersbourg.
Znamenskaya ZAO,
En décembre 1994, il sera désigné par décret de Vladimir Vladimirovich Poutine,
alors adjoint au maire de St-Pétersbourg, comme représentant des actions et du droit
de vote de la Mairie de St-Pétersbourg à l’occasion des assemblées de la SPAG. Il
bénéficiera encore en août 1996 d’un décret signé du futur président russe accordant
à la société qu’il dirige, PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya, un quasi
monopole sur le réseau de distribution d’essence pour la ville, en particulier pour
tous les véhicules de la Municipalité. A cette époque, il devient aussi vice directeur
de St-Petersburg Telecom, une société mixte constituée avec le Comité des Biens
de la ville (KUGI), service au sein duquel officie alors notamment German
Oskarovich Gref, et la société américaine Omni Capital contrôlée par Motorola
Inc. Cette société mixte deviendra un des principaux acteurs de la téléphonie mobile
à St-Pétersbourg.
La SPAG a été constituée en 1992 à Frankfort/Main à l’initiative d’une délégation de
St-Pétersbourg au sein de laquelle Vladimir Alexeevich Smirnov a joué un rôle
prépondérant pour convaincre des investisseurs occidentaux de se lancer dans
l’entreprise. Il faut mentionner qu’en 1990 déjà, il était à la tête de la société mixte
Inform Future GmbH active sur le marché immobilier de la ville et née d’une alliance
entre des associations de production de la Mairie de St-Pétersbourg et des
personnes privées, russes et allemandes32. Inform Future GmbH est donc à la
source de la naissance de la SPAG, laquelle détient maintenant une participation
majoritaire dans la société l’ayant générée. La SPAG détient aussi une participation
majoritaire dans la société immobilière Znamenskaya AG, dirigée quant à elle par
Vladimir Alexeevich Smirnov et Vladimir Sergeevich Koumarine. Si la société
obtient les autorisations nécessaires de la part du Comité d’urbanisation et
d’architecture de St-Pétersbourg pour se lancer dans les projets de rénovation du
centre historique de la ville, elle le doit sans aucun doute au fait des liens privilégiés
qu’elle a, tant avec Vladimir Vladimirovich Poutine alors chef du Comité des
affaires économiques extérieures, qu’avec German Oskarovich Gref, un des
dirigeants du Comité des Biens de la ville, et Oleg Andreevich Khartchenko, chef
du Comité d’urbanisation et d’architecture de la ville. Tous trois sont en effet
« conseillers » de la SPAG, à titre bénévole comme le clament les déclarations
officielles.
Znamenskaya AG, dont le président du conseil d’administration est Dr Klaus Peter
Sauer et les directeurs Vladimir Smirnov et Vladimir Koumarine, a également eu
au sein de son conseil d’administration Rudolf Ritter, l’agent fiduciaire de la
Principauté du Liechtenstein, arrêté le 13 mai 2000 pour soupçons de blanchiment
d’argent pour le compte d’organisations criminelles. La SPAG détient une
participation majoritaire dans la société Znamenskaya AG, les autres actionnaires
étant les sociétés VS Real Estate Investments Ltd à St-Hélier/Jersey/UK, EC
Experts Ltd (ICI Experts Ltd) à Douglas/Isle of Man/UK et Legrus Trading Ltd à
Espoo en Finlande.
**********
Tambovskaya
Le groupe criminel Tambovskaya contrôle maintenant un grand nombre de sociétés,
tant en Russie qu’à l’étranger, où il a constitué des structures lui permettant de gérer
et recycler les importants revenus générés par les différentes activités dans
lesquelles il est présent. Il n’est pas possible de mentionner ici l’ensemble des
sociétés qui lui sont liées, pas plus que de citer toutes les personnes qui lui sont
affiliées ou encore qui lui servent de paravent. Nous allons nous concentrer sur
celles (personnes et sociétés) qui nous maintiennent dans le cadre de la présente
étude. C’est durant la période 1994-1998 que le groupe crimniel a véritablement
assis son pouvoir sur certains secteurs rentables de la ville de St-Pétersbourg, en
particulier celui des produits pétroliers, des activités portuaires et de l’immobilier. En
l’espace de peu d’années, le groupe criminel a réussi à s’infiltrer et à prendre le
contrôle de quatre filiales implantées dans la région de Leningrad de la compagnie
pétrolière Surgutneftegaz, le troisième producteur pétrolier de Russie. Les quatre
filiales passées en août 1998 sous le contrôle de Tambovskaya sont Routchyi
(réservoirs pétroliers de la ville), Krasny Neftyanik (réservoirs de pétrole brut),
Nefto-Kombi (commerce de détail) et Lennefteprodukt (stations-service).
32 voir Kommersant du 07.10.1995, article intitulé „Office boom in store“
Vladimir Sergeevich Koumarine – PTK Peterburgskaya Toplivnaya
Kompaniya
Vladimir Sergeevich Koumarine, né en 1955, utilisant le nom d’emprunt Vladimir
Sergeevich Barsoukov, est le chef présumé du groupe criminel Tambovskaya qui
a pris l’ascendant sur les autres groupes criminels pour contrôler la ville de St-
Pétersbourg et la région administrative de Leningrad. Ce groupe contrôle notamment
les marchés juteux que sont le commerce de matières premières telles que les
carburants et leur distribution, l’immobilier et l’industrie des loisirs. Koumarine a
donc fait carrière dans l’ancienne ville impériale de Russie au cours de la première
moitié de la décennie des années 1990, époque à laquelle Vladimir Vladimirovich
Poutine était en fonction à la Mairie de St-Pétersbourg. Vladimir Sergeevich
Koumarine devient ensuite vice-président de la société PTK Peterburgskaya
Toplivnaya Kompaniya (Compagnie des Carburants de St-Pétersbourg) qui sera
présidée par
Vladimir Alexeevich Smirnov, et vice-président du conseil
d’administration de la société Znamenskaya ZAO, filiale de la SPAG, dirigée elle
aussi par Vladimir Alexeevich Smirnov.
Le 7 mai 1997, Vladimir Leonidovich Bogdanov, président de NK
Surgutneftegaz, communique qu‘un contrat a été passé avec le nouveau
gouverneur de la région de Leningrad, Vadim Anatolievich Goustov, et que
la construction du port pétrolier va démarrer, les travaux allant être mis en
soumission à cinq compagnies. Le holding Surgutneftegaz compte une
dizaine de sociétés dans la région du Nord-Ouest, dont Kirichinefteorgsintez
(raffinerie de Kirichi), Kirichinefteprodukt, Lennefteprodukt et Krasny
Neftyanik. Un responsable du Comité des transports de St-Pétersbourg,
Vladimir Smirnov, informe que les fonds nécessaires au creusage du canal
pour le port vont être débloqués l‘année suivante33.
Le 31 juillet 1998, Surgutneftegaz annonce la vente de deux de ses filiales,
Nefto-Kombi et Krasny Neftyanik, sociétés déficitaires, rachetées par PTK
Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya pour un montant de quelque 12
millions de dollars. Outre le fait que ces sociétés seraient déficitaires, on
évoque alors le fait que Surgutneftegaz est mal gérée, avec des structures
de type soviétique et que son avenir n‘est pas assuré. Ces remarques
émanent notamment de Andrei Grigorovsky, directeur des ventes d‘une
société rivale, Faeton. L‘article indique encore que PTK est composée de St-
Petersburg Gorodsky Bank, Avtoobsloujivaniya et Transservis.34
Il y a lieu de préciser ici que Surgutneftegaz est le principal fournisseur de la
raffinerie de Kirichi (Kirichinefteorgsintez) qui est une de ses filiales et qui
alimente le marché de la ville de St-Pétersbourg. Surgutneftegaz, créée en
1992 sur oukase de Boris Nikolaevich Eltsine, exporte plus de la moitié de
33 voir Lloyd‘s List du 07.05.1997, article intitulé „New private oil port for Russia“
34 voir The St-Petersburg Times du 31.07.1998, article intitulé „Surgutneftegaz sells subsidiaries“
sa production – à travers les terminaux du port de St-Pétersbourg sous
contrôle de Tambovskaya – laquelle est acheminée principalement en
Allemagne à la Raffinerie de Leuna près de Leipzig. Depuis 1987, le grand
patron du holding Surgutneftegaz est Vladimir Leonidovich Bogdanov35.
Le 21 juillet 1999, les actionnaires de la PTK Peterburgskaya Toplivnaya
Kompaniya élisent un nouveau directeur général en la personne de Vadim
Glazkov, ex directeur à NK Surgutneftegaz. Le président de PTK, Andrei
Stepanov, annonce les résultats de la société pour 1998 et la transformation
de PTK en une holding réunissant plus d‘une dizaine de sociétés actives sur
le marché des produits pétroliers, ceci avec l‘aide de la Banque municipale
de St-Pétersbourg.36
Le 27 juillet 1999, Vladimir Alexeevich Smirnov, chargé des relations
économiques extérieures de PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya
informe que la société a réalisé un bénéfice net de 3,5 millions de roubles en
1998, lequel sera totalement réinvesti dans la production. La compagnie sera
alimentée en produits pétroliers par Surgutneftegaz, suite à un accord passé
avec la Mairie de St-Pétersbourg.37
On constate ainsi comment le groupe criminel
Tambovskaya a
insensiblement pris le contrôle du marché de la distribution de produits
pétroliers sur la place de St-Pétersbourg. Pour parvenir à ses fins, il est
indispensable que des sociétés soient mises en difficulté et ainsi acquises
quasiment sans résistance, voire avec soulagement, par son propriétaire.
Surgutneftegaz est une des rares sociétés russes rentables, gérée de façon
à ce qu‘elle dégage des bénéfices suffisants lui permettant de recourir à
l‘emprunt public ou étranger. Ce qui est en nette contradiction avec les
déclarations cherchant à justifier cette vente. Cet événement survient de plus
peu avant l‘annonce de la SPAG St-Petersburg Immobilien und
Beteiligungs AG de se lancer dans la rénovation de stations-service à St-
Pétersbourg, activité où l‘on espère des rendements nets de 15 à 20%.
PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya a été enregistrée le 7 octobre 1994 et
est certainement un des « fleurons » des sources de revenus légaux de ce groupe
criminel. La société a été un temps présidée par Vladimir Alexeevich Smirnov qui
avait succédé à Andrei Stepanov, lequel a aussi travaillé sous les ordres de
Vladimir Vladimirovich Poutine. Ce conglomérat pétrolier a eu notamment pour
fondateurs officiellement enregistrés la compagnie Nefttransservis sise à St-
Pétersbourg, active dans le commerce en gros, le commerce extérieur, les
prestations de service dans le domaine des transports et les affaires immobilières,
ainsi que la Mairie de St-Pétersbourg, Morskoï Torgovy Port, et plusieurs autres
entités contrôlées par le groupe criminel.
35 voir notamment « Reestr Oligarhov », le registre des oligarques russes, chapitre Surgutneftegaz
36 voir Russian oil & gas Report du 21.07.1999
37 voir CIS oil & gas Industry/Delovoy Peterburg no 78, 27.07.1999
En juillet 2001, Vladimir Alexeevich Smirnov figure encore en qualité de
directeur général de PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya, son
prédécesseur à ce poste ayant été German G. Makarov. Quant à la
comptable de la société, il s’agit de Tatiana Abramova.
PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya détient des participations dans
plusieurs dizaines de sociétés de St-Pétersbourg ou de la région de Leningrad. Elle
permet ainsi au groupe criminel Tambovskaya d’avoir accès à, si ce n’est contrôler,
de nombreux secteurs économiques lui assurant des revenus légitimés importants.
Le détail des participations détenues par PTK est relaté dans une pièce annexée38 et
nous ne développons ci-après que les sociétés à propos desquelles nous avons des
informations. Il est utile cependant de préciser que PTK détient des participations au
sein des Comité des Biens de St-Pétersbourg (KUGI) et Comité des Biens de la
région de Leningrad. La plupart de ses comptes bancaires se trouvent auprès de la
BaltUnexim Bank à St-Pétersbourg, établissement présidé par Iouri Evguenievich
Rydnik, soupçonné de liens étroits avec le groupe criminel Tambovskaya.
Malgré sa réputation sulfureuse, Iouri Evguenievich Rydnik est un homme
d’affaires important de la place de St-Pétersbourg. Il est présent dans
plusieurs dizaines de sociétés, dirige notamment la holding moscovite
Soyuzcontract, Morskoi Torgovy Port avec Ilia I. Traber (voir ci-dessus),
préside Obedinionnaya Baltiskaya Werf (chantiers navals réunis de la
Baltique), préside le conseil de direction de BFIG Baltika Finansovaya
Industrialnaya Gruppa (Groupe financier industriel de la Baltique), et contrôle
une part importante de l’actionnariat de Fora Communications (ex St-
Petersburg Telecom).
Nefttransservis, une des sociétés fondatrices de PTK, a été inscrite en décembre
1996, et a eu quant à elle pour fondateurs les sociétés Grace Finance &
Investments Ltd à Dublin/Irlande et Mobile GmbH, détenant respectivement 13% et
12% du capital-actions. Nefttransservis recevra en août 1998 une part majoritaire
de Krasny Neftyanik qui passe alors sous le contrôle de PTK. Les personnes
privées ayant participé à la constitution de la société sont les nommés : Kozyrev
Andrei Vladimirovich (13%) ; Kouzmine Alexei V. (12%) ; Kozlov Guennadi M.
(17%) ; Pastouchev Grigori S. (17%) et Galichine Alexandre D. (16%).
Grace Finance & Investments Ltd et Mobile GmbH détiennent en tant que
membres fondateurs (parmi d’autres) respectivement 19,9% et 6,83% de la société
Avtoobsloujivaniya sise à St-Pétersbourg, active dans le commerce de gros, la
distribution, la réparation de véhicules, l’expédition, les matériaux de construction,
etc. En tant qu’autres membres fondateurs figurent les sociétés Aliot AG, Antares
Transservis GmbH et la compagnie de chemin-de-fer Oktyabrskaya
AG,
38 voir annexe COR-SPAG-PTK
Jeleznaya Doroga. Grace Finance & Investments Ltd contrôle entre 50% et 100%
du capital-actions de la société Promtrade GmbH, 20% de Kombinat Avtoservis.
Promtrade GmbH, fondée en août 1994, entretient des relations
commerciales avec la société NAT Handelsgesellschaft für technische
Erzeugnisse GmbH. Promtrade GmbH a eu notamment pour fondateur et
directeur Podchivalov Andrei Vladimirovich, auquel a succédé Gribovsky
Boris Mikhailovich.
Andrei Vladimirovich Podchivalov a été membre fondateur des sociétés
Promtrade GmbH, Foton GmbH et Transit-Servis GmbH. Il a été directeur
de la société NAT Handelsgesellschaft für technische Erzeugnisse GmbH.
Boris Mikhailovich Gribovsky est directeur des sociétés Promtrade GmbH
et NAT Handelsgesellschaft für technische Erzeugnisse GmbH.
Mobile GmbH et ICI Experts Ltd (actionnaire de Znamenskaya AG) figurent
comme sociétés fondatrices à hauteur respectivement de 8,33% et 16,67% de la
société Evita GmbH contrôlée par Tambovskaya. Les personnes à l’origine de cette
société sont Kozyrev Andrei Vladimirovich (8,33%) ; Goloubeva Olga I. (8,33%) ;
Iermilov Grigori M. (8,33%) et Chaline Viatcheslav V. (50%).
Andrei Vladimirovich Kozyrev, ancien ministre des Affaires étrangères de
Russie, a été impliqué dans le scandale des GKO (Bons d’Etat) et est devenu
membre du conseil de direction du groupe pharmaceutique ICN contrôlé et
dirigé par Milan Panic, ancien Premier ministre de Yougoslavie, alors un
proche de Slobodan Milosevic. Andrei Vladimirovich Kozyrev est présent
en tant qu’associé dans plusieurs sociétés de la holding PTK. Quant à
Viatcheslav V. Chaline, actionnaire majoritaire de Evita GmbH, directeur de
Avtoservis Tsentr, il a succédé en juillet 1998 au poste de directeur général
de PTK à Vladimir Alexeevich Smirnov.
ICI Experts Ltd (EC Experts Ltd), Hill Street 7 à Douglas/Isle of Man/UK, constituée
au début des années 1990, est fondateur et actionnaire de Evita GmbH, ainsi
qu’actionnaire de Znamenskaya AG, qui sont deux sociétés que l’on peut lier au
groupe criminel Tambovskaya.
PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya entretient des relations commerciales
avec de nombreuses sociétés. Parmi celles-ci, il y a Mercur Trading Ltd (Merkur
Trading Ltd), Pasea Estate, box 3149, Road Town, Tortola/BVI. Cette adresse
correspond à Morgan & Morgan Trust Corporation Ltd. Mercur Trading Ltd est
associée à hauteur de 35% dans le capital de la société Ampetroex de St-
Pétersbourg, aux côtés de l’homme d’affaires Viatcheslav Efimovich Rutstein,
présent lui à hauteur de 15%.
Viatcheslav Efimovich Rutstein, homme d’affaires avisé, siège au sein de
plusieurs sociétés d’Etat. En juin 2000, il a été un des fondateurs de
l’organisation de bienfaisance ITMO 21. siècle. Cette organisation a été
constituée sous la conduite de Vladimir Koumarine en personne et de
Tambovskaya, auxquels elle sert de toit politico-commercial et de base
d’opérations.
PTK Peterburgskaya Toplivnaya Kompaniya est en outre en relations
commerciales avec les sociétés (entre autres) Westking Financial Ltd, enregistrée
à Las Vegas/Nevada/USA, Foton GmbH, PTK-terminal GmbH, Amaldo AG,
Lenpolprojekt AG et NAT Handelsgesellschaft für technische Erzeugnisse
GmbH, laquelle est présente à St-Pétersbourg et à Hamburg/D et est propriété de
Boris Grinshtein. Les détails concernant ces sociétés et leurs dirigeants figure dans
la pièce annexée.
**********
L’Allemagne
Markus Rese
Président du conseil d’administration de la SPAG, Markus Rese, né le 18 septembre
1957, a administré ou figuré dans les sociétés Dynamixx Sportclub GmbH,
Dynamixx Beteiligungs AG, CM 1998 Vermögensverwaltungs AG à Mörfelden-
Walldorf/D, GNC Immobilien Beteiligungs GmbH à Frankfort/Main (Myliusstrasse
14, une des adresses de la SPAG), et Comac Unternehmensverwaltungs GmbH à
München/D.
En avril et mai 1999, il est remplacé au poste d’administrateur unique des sociétés
GNC Immobilien Beteiligungs GmbH et Comac Unternehmensverwaltungs
GmbH par Stephen Michael De Carteret, né le 11 novembre 1954, résidant à
Sark/Channel Island/UK.
La société CM 1998 Vermögensverwaltungs AG, sise Opelstrasse 20-22 à
Mörfelden-Walldorf (siège de la SPAG) avant d’être transférée à Hamburg, est
détenue à 100% par CM 1998 Beteiligungs GmbH sise à München. En octobre
1999, Markus Rese est remplacé dans la société par Peter Haberlach, né le 6 mars
1962. Au conseil d’administration figurent Thomas Kemmerer, Dr Klaus Peter
Sauer et Vladimir Alexeevich Smirnov (tous membres de la SPAG).
En août 1999, Markus Rese est remplacé au conseil d’administration de Dynamixx
Beteiligungs AG par Werner Schröder, domicilié à Lampertheim/D. Cette société a
été fondée par la société CM 1998 Beteiligungs GmbH à München.
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Thomas Kemmerer
En janvier 1998,
Thomas Kemmerer apparaît comme membre du conseil
d’administration de la société Stratega-Ost Beteiligungen AG à Düsseldorf, aux
côtés de Jörg Peisert. En avril 1998, en tant que directeur de la SPAG St-
Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG à St-Pétersbourg, il participe au
développement de la société dans cette ville, grâce notamment à ses liens d’amitié
avec Oleg Andreevich Khartchenko, alors président du Comité d’urbanisation et
d’architecure de St-Pétersbourg39. Thomas Kemmerer se retire de la société en
août 1998.
En septembre 1999, il entre au conseil d’administration de la société CM 1998
Vermögensverwaltungs AG, où il siège avec Dr Klaus Peter Sauer et Vladimir
Alexeevich Smirnov.
En octobre 1999, il quitte le conseil d’administration de la société Leha Leasing-
und Handelsgesellschaft mbH, sise à Mörfelden-Walldorf, conjointement à
Barbara Sauer et Boris Grinshtein.
En août 2000, l’assemblée générale de la SPAG refuse de lui donner décharge de
son bilan en tant que directeur, ses actes et déclarations ayant porté préjudice à la
société.
Francisco Jose Guadamillas Cortes
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Francisco Jose Guadamillas Cortes, né le 2 juin 1959, Espagnol, demeurant à
Geroldswil/CH, a été président du conseil d’administration et est membre du conseil
de surveillance de la SPAG. En décembre 1998, il a été nommé président du conseil
d’administration de la société GB/AG Gesellschaft für Beteiligungen AG, sise à
Opelstrasse 20-22 à Mörfelden-Walldorf, dont il deviendra vice-président remplacé
par Dr Klaus Peter Sauer. En Suisse, il est directeur de Paribas (Suisse) SA à
Zurich, membre du conseil d’administration de BNP Paribas (Suisse) SA et de J.P
Morgan (Suisse) SA.
Klaus Peter Sauer
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Dr Klaus Peter Sauer, 1942, Allemand, domicilié Lindenstrasse 25 à Büttelborn/D,
est membre du conseil de surveillance et d’administration de la SPAG, président du
conseil d’administration de Znamenskaya ZAO, filiale de la SPAG, membre du
conseil d’administration de CM 1998 Vermögensverwaltungs AG, directeur et
gérant de Accona Treuhandgesellschaft mbH à Mörfelden-Walldorf et a été
président du CA de GBAG Schweiz AG à Zoug, c/o Helmut Groner. Dans cette
dernière société, nous trouvons comme ancien membre du conseil d’administration
la nommée Judith Stücki, domiciliée à Geroldswil/CH, dont la ligne téléphonique est
également attribuée à Francisco Jose Guadamillas Cortes.
39 voir Platow-Ost Brief du 03.04.1998, article intitulé « Vitamin B ist in Russland Gold Wert »
Ici, il y a lieu de mentionner la nommée Nataly Bohnert née Sauer, qui a été
jusqu’en avril 1998 fondée de pouvoir de la société GB/AG Gesellschaft für
Beteiligungen AG, sise à Opelstrasse 20-22 à Mörfelden-Walldorf, ainsi que des
filiales sises à Halle, Chemnitz et Zwickau (villes de l’ancienne Allemagne de l’Est).
Dans la filiale de la société à Düsseldorf, nous retrouvons le nommé Werner
Schröder, domicilié à Lampertheim.
Peter Haberlach
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Peter Haberlach, né le 6 mars 1962, Allemand, résidant à Hamburg, a été directeur
jusqu’en octobre 1999 de la société NAT Handelsgesellschaft mbH für technische
Erzeugnisse à Schenefeld/D, conjointement à Boris Grinshtein, certainement
d’origine russe, lui aussi annoncé comme résidant à Hamburg. En octobre 1999, il
devient administrateur de WWZ Cooperations- und Handels GmbH à Schenefeld/D
(liquidée en novembre 1999) et, le même mois, remplace Markus Rese au poste
d’administrateur de CM 1998 Vermögensverwaltungs AG, transférée de Mörfelden-
Walldorf à Hamburg. En janvier 2000, il devient administrateur de Telcard
Telekommunikations GmbH à Schenefeld/D.
Boris Grinshtein
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Boris Grinshtein, né le 12 mars 1961, devant résider à Hamburg, a été directeur du
13 février 1998 au 11 octobre 1999 de NAT Handelsgesellschaft mbH für
technische Erzeugnisse à Schenefeld/D, avec Peter Haberlach. Il est propriétaire
à 100% de la société NAT Handelsgesellschaft für technische Erzeugnisse
GmbH, créée le 8 septembre 1998, domiciliée à St-Pétersbourg. Il a été directeur
jusqu’en octobre 1999 de LEHA Leasing- und Handelsgesellschaft mbH à
Mörfelden-Walldorf, conjointement à Barbara Sauer et Thomas Kemmerer.
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Werner Schröder
Werner Schröder, né le 5 février 1951, Allemand, domicilié à Lampertheim/D,
remplace en août 1999 Markus Rese au conseil d’administration de Dynamixx
Beteiligungs AG à Mörfelden-Walldorf, au sein de laquelle il reste jusqu’en avril
2000, et il apparaît aussi comme administrateur unique de Dynamixx Besitz GmbH
à la même adresse. Il figure comme directeur de GBAG Gesellschaft für
Beteiligungen AG, succursale de Halle, à Halle/D, aux côtés de Dr Siegfried
Dommer et Nataly Bohnert née Sauer, ainsi que dans la succursale de Düsseldorf
avec Dr Siegfried Dommer et le nommé Klaus Becker. Il est encore directeur de
Wert Immobilien GmbH, sise Opelstrasse 20-22 à Mörfelden-Walldorf (siège de la
SPAG)
Bien que ces nom et prénom soient assez usités en Allemagne, nous
pensons que ce Werner Schröder doit être identique à celui qui était
agent de la Stasi sous le nom d’emprunt de Michael Degen et qui a
été impliqué dans l’enlèvement contre rançon d’un fils d’une riche
famille allemande. Cet agent, grand amateur de bière, pourrait d’autre
part correspondre à la personne portant mêmes nom et prénom
apparaissant comme petit actionnaire du consortium bavarois de la
bière et de la viande Gebrueder Maerz AG à Rosenheim/D, connu
pour ses liens avec l’Allemagne de l’Est et la Russie. Nous y
reviendrons plus loin dans cette étude.
D’autre part, au registre suisse du commerce, nous trouvons trace –
sans toutefois pouvoir affirmer qu’il s’agisse de la personne qui nous
intéresse – d’un certain Werner Schröder, Allemand, ayant été
domicilié à Birnbaum/A, puis à Berlin/D, entré en juillet 1998 en qualité
de président du conseil d’administration et liquidateur de la société
Rietec AG, alors sise Bahnhofstrasse 28 à 8307 Illnau-Effretikon/ZH,
ayant eu pour but le conseil aux entreprises, courtage en placements,
financements, assurances, société au sein de laquelle siégeaient
plusieurs ressortissants allemands.
En outre, jusqu’en juillet 1996, le nommé Werner Schröder, résidant à
Lippstadt/D, a été président de la société Bostik AG, Industriestrasse
35 à 8112 Otelfingen/ZH, active dans le commerce, le courtage, les
commission, la fabrication et la manufacture de produits chimiques et
d’outils pour leur utilisation. Il a été remplacé à ce poste par un autre
ressortissant allemand.
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Channel Islands/UK
Stephen Michael De Carteret
Stephen Michael De Carteret, né le 11 novembre 1954, Anglais, résidant Southview
Cottage à Sark/Channel Island/UK, remplace Markus Rese en avril et mai 1999 en
tant qu’administrateur unique des sociétés GNC Immobilien Beteiligungs GmbH,
Myliusstrasse 14 à Frankfort/Main et Comac Unternehmensverwaltungs GmbH,
Platz der Einheit 1 Tegernsee à München.
Stephen Michael De Carteret figure au registre suisse du commerce dans plusieurs
sociétés de droit irlandais ayant une succursale en Suisse. En raison notamment de
sa position dans des sociétés allemandes étroitement liées à la SPAG St-
Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG, de ses liens plus que probables
avec le nommé Philip Mark Croshaw, évoqué ci-après, lui-même lié à la SPAG et
au groupe criminel Tambovskaya, il est nécessaire de détailler la présence de
Stephen Michael De Carteret dans des sociétés en Suisse. Afin de ne pas
surcharger le texte, nous indiquons en annexe les détails des sociétés concernées.
Stephen Michael De Carteret est très certainement parent de Charles Guy Malet
De Carteret dont nous trouvons la trace dans six sociétés domiciliées au Tessin. Ce
dernier est notamment en relation avec d’autres Anglais des Channels Islands et
divers ressortissants suisses. Nous ne développons pour l’instant pas les recherches
sur les sociétés où il figure
Nous constatons qu’en Suisse Stephen Michael De Carteret a pour partenaire,
dans l’ensemble des sociétés où il apparaît, son compatriote Alastair Matthew
Cunningham, et qu’il y a plusieurs ressortissants suisses qui lui sont liés,
notamment Angelo Regusci, Fabrizio Codoni et Stefania Doninelli, sur lesquels
nous reviendrons plus loin dans l’étude.
Alastair Matthew Cunningham
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Alastair Matthew Cunningham, Anglais, domicilié Southview Cottage à
Sark/C.I./UK, est annoncé depuis peu comme résidant à Nicosie/Chypre. Au registre
suisse du commerce, il figure ou a figuré au sein du conseil d’administration de
quatorze sociétés, toutes étant des succursales de sociétés établies pour la plupart
en Irlande, mais également à Londres et aux Etats-Unis. Le détail des sociétés est
relaté en annexe.
Alastair Matthew Cunningham apparaît en relation avec d’autres de ses
compatriotes dans des sociétés également décrites en annexe. Il est intéressant de
relever les liens avec Chypre et Nassau aux Bahamas, que ces sociétés sont très
récentes, avec des buts déclarés qui laissent songeur, et que ses partenaires – à
leur tour – figurent dans d’autres sociétés du même type, plus ou moins liées avec
les mêmes ressortissants suisses que ceux dont nous parlerons plus loin. Il nous
paraît clair que Alastair Matthew Cunningham est un élément important de ces
structures que nous tentons de définir, tout comme il serait important de déterminer
pour le compte de qui ce groupe d’Anglais sert de couverture.
Remarques
Les recherches que nous avons menées, en particulier au registre
suisse du commerce, nous ont permis de cerner un groupe de
personnes de nationalité anglaise, ayant sa base à Sark/Channel
Island/UK, prenant pied aussi dans d’autres îles de la Manche, mais
également à Chypre, ce qui n’est pas le moindre des signes appelant à
la vigilance. Ce groupe de personnes paraît être constitué d’un noyau
Philip Mark
central regroupant
Croshaw, Simon Peter Elmont, James William Grassick et Alastair
Matthew Cunningham, ainsi que Simon Ashley Couldridge et
Stephen Michael De Carteret,
Caragh Antoinette Couldridge, lesquels figurent globalement dans
plusieurs dizaines de sociétés enregistrées dans notre pays, quasiment
toutes inscrites comme succursales de sociétés de droit anglo-saxon, et
pour la plupart établies au Tessin. Il faut adjoindre à ce groupe Joan
Kathleen Lanyon, présente dans plusieurs sociétés, remplaçant en
partie James Reginald George Lanyon, lié au groupe susindiqué,
mais qui est (ou serait) décédé.
Au vu des buts déclarés particulièrement diversifiés de ces multiples
sociétés, il nous apparaît clairement que ces personnes ne peuvent
qu’être des prête-noms pour d’autres personnes et que les sociétés
elles-même ne doivent pas avoir d’activité commerciale avérée, mais
bien servir de couverture pour d’autres opérations, telles que du
blanchiment d’argent provenant d’activités complètement étrangères
aux buts énoncés.
Cet élément, supposition il est vrai, pourrait cependant se révéler
important dans le cas où ce groupe de personnes résidant dans les îles
anglo-normandes était véritablement et concrètement en étroite relation
avec le groupe criminel russe Tambovskaya.
Philip Mark Croshaw
**********
Nous avons vu plus haut que Stephen Michael De Carteret succède à Markus
Rese, le directeur de la SPAG, au poste d’administrateur de deux sociétés en
Allemagne étroitement liées à la SPAG. Nous avons également vu que le groupe
criminel Tambovskaya est directement lié par son chef présumé à la société
Znamenskaya AG qui est une filiale de la SPAG. La société Znamenskaya AG à St-
Pétersbourg a notamment pour actionnaires – outre la SPAG – VS Real Estate
Investments Ltd à Jersey/UK et ICI Experts Ltd (ou ICI Experts Ltd) à
Douglas/Isle of Man/UK.
Selon des informations qui nous sont récemment parvenues, le nommé Philip Mark
Croshaw apparaît comme membre dirigeant des sociétés suivantes qui, elles, sont
Tambovskaya de la région de
directement liées au groupe criminel
Leningrad/Russie :
ICI International Consulting au Liechtenstein
ICI Experts Ltd en Irlande
VS Real Estate Investments Ltd à Jersey/UK
Legrus Trading Ltd en Finlande
Global Marketing Associates aux Îles Vierges Britanniques
Grace Finance Investments Ltd à Dublin/Irlande
Philip Mark Croshaw, résidant de l’île de Sark/Channel Islands/UK, figurait en
qualité de « directeur » de quelque 1300 sociétés enregistrées sur l’île de Sark,
sociétés utilisées comme paravent pour toutes activités « nébuleuses ». En janvier
1999, il a fait l’objet d’une décision d’un tribunal de Manchester lui interdisant
d’exercer pendant douze ans la fonction de « nominee director » au sein de sociétés
enregistrées au Royaume-Uni.
Philip Mark Croshaw apparaît comme directeur exécutif de la société Lingford
Software sise à Londonderry/Irlande du Nord, en compagnie de James W.
Grassick. Il apparaît comme président de la société Caledonian Offshore Limited,
proposant des investissements dans le pétrole au Moyen-Orient, Mexique,
Venezuela, Kazakhstan, Afrique de l’Ouest et Asie du Sud-Est. Elle semble
provoquer les plus grands doutes à son sujet.
Philip Mark Croshaw a été directeur de Eurofar enregistrée à Dublin, société
actionnaire de Eurofar Consultants Limited enregistrée à l’Ile-de-Man/UK, elle-
même contrôlant la banque Banco Pan de Azucar en Uruguay.
Philip Mark Croshaw est apparu en qualité de directeur, aux côtés des nommés
James Reginald Lanyon et Fabio Soldati, avocat suisse de Lugano, d’une société
Eurofar directement impliquée dans la vente frauduleuse de la banque uruguayenne
Banco Pan de Azucar40. L’identité des véritables acquéreurs de cet établissement
en situation financière catastrophique a été sciemment cachée aux autorités
uruguayennes, notamment par des responsables de cette banque et de la Banque
Centrale d’Uruguay. Une des sociétés off-shore ayant acquis cette banque est la
société Eurofar Consultants Limited à l’Ile-de-Man, dont l’actionnaire majoritaire
est Eurofar à Dublin, qui a notamment pour directeur l’avocat d’affaires suisse Fabio
Soldati.
Eurofar – qui contrôle la banque privatisée Banco Pan de Azucar – a été constituée
en septembre 1990 par deux ressortissants irlandais. En 1992, l’actionnariat de
Eurofar passe aux sociétés Stateline Securities Limited et Whitestone Holdings
Limited, sises à Douglas/Ile-de-Man/UK. En 1993, il est établi que Eurofar a pour
directeurs les nommés Philip Mark Croshaw, James Reginald Lanyon et Fabio
Soldati. Le registre du commerce de Dublin indique que Fabio Soldati apparaît au
sein de Stateline Securities Limited conjointement au ressortissant suisse Angelo
Bianchi, directeur de Steimberg Holdings.
Nous reviendrons plus loin dans la présente étude sur les
ressortissants suisses Fabio Soldati et Angelo Bianchi, lorsque
nous traiterons également de Stefania Doninelli,
Angelo
Regusci et autres personnes qui nous paraissent être
importantes dans ce réseau.
Philip Mark Croshaw figure ou a figuré au registre suisse du commerce en tant que
membre du conseil d’administration de près de trente sociétés, dont le détail est
rapporté en annexe également.
40 voir magazine Brecha, 17 et 24 novembre 1995, articles intitulés « El pantano de Azucar » et « El
mejor documento es el que no existe »
De l’examen des sociétés sises en Suisse où il apparaît, nous pouvons dire que
Philip Mark Croshaw est partenaire de James William Grassick, Simon Peter
Elmont et Joan Kathleen Lanyon. A propos des directeurs de ces sociétés, ils sont
nombreux et divers, de sorte qu’il est difficile de se prononcer à leur sujet. Pour cela,
il faudra approfondir les recherches sur les autres sociétés dans lesquelles ils
pourraient apparaître.
Sur la base des indications du registre suisse du commerce, Philip Mark Croshaw
doit être marié à Belinda Croshaw, tous deux indiquent résider à Sark/C.I ./UK.
Belinda Croshaw a siégé au sein de TRL Research Limited Ltd, Douglas,
succursale de Lugano. Nous sommes de l’avis qu’elle est née (ou était mariée)
Lanyon et qu’elle est identique à Belinda Lanyon, résidant à Sark/C.I./UK, siégeant
comme membre du conseil d’administration de la société Eurocad Europe Ltd,
Dublin, succursale de Lugano. Nous avons constaté par ailleurs le partenariat de
Philip Mark Croshaw dans des sociétés avec Joan Kathleen Lanyon, résidant Mon
Désir à Sark/C.I./UK. Cette dernière est sans aucun doute parente – à un degré que
nous ne définissons pas (veuve, sœur, fille, etc) – de James Reginald George
Lanyon, Anglais, ayant résidé Mon Désir à Sark et qui doit être décédé. Celui-ci a
été partenaire dans plusieurs sociétés de Philip Mark Croshaw et de Simon Peter
Elmont notamment.
Simon Peter Elmont
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Simon Peter Elmont et James William Grassick sont les fondateurs en 1997 de la
société Beachhouse Limited IBC, sise Wickhams Cay, 146 Road Town, Tortola/BVI.
Au registre suisse du commerce, Simon Peter Elmont figure ou a figuré au sein de
plus de quarante sociétés, pour la plupart sises au Tessin et créées dans les
dernières années de la décennie 1990. Dans la très grande majorité des cas, il se
trouve en compagnie de James William Grassick. On constate également un lien
direct avec Philip Mark Croshaw. Le détail des sociétés où il apparaît est rapporté
dans la pièce annexée. Les ressortissants suisses mentionnés comme directeurs de
ces sociétés sont nombreux et divers et il n’est pas aisé de tirer des conclusions
définitives. Néanmoins, nous mentionnons les nommés Emilio Martinenghi et
Stefano Camponovo, pour lesquels nous développerons les recherches.
A la lecture des buts avoués de ces sociétés, il est légitime de se poser quelques
questions, tant certains de ces buts paraissent fantaisistes et ne résistent pas à un
examen approfondi. L’existence de plusieurs de ces sociétés a été très brève,
pouvant éventuellement s’expliquer par le fait qu’elles n’étaient justement pas viables
en raison de leur but déclaré. On peut également se demander si elles n’ont pas été
simplement créées dans le but de réaliser certaines opérations illégales et ensuite
liquidées, une fois les opérations délictueuses menées à terme.
James William Grassick
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James William Grassick apparaît comme directeur exécutif, conjointement à Philip
Mark Croshaw, de Lingford Software, créée en 1998 à Londonderry/Iralnde du
Nord, une joint-venture entre les sociétés Graceway Ltd et Summerglen Ltd.
En 1997, il apparaît comme fondateur, conjointement à Simon Peter Elmont, de la
société Beachhouse Limited IBC, sise Wickhams Cay 146, Road Town, Tortola/BVI,
ayant une succursale à Amsterdam/NL, sise Singel 417/45, 1012 WP Amsterdam.
Au registre suisse du commerce, selon lequel il est domicilié La Collenette à
Sark/C.I./UK, il apparaît lui aussi au sein de plus de cinquante sociétés, dans la très
grande majorité des cas conjointement à Simon Peter Elmont. Nous ne relatons en
annexe que les sociétés où il apparaît avec d’autres personnes. Les remarques
faites à propos des nommés Croshaw, De Carteret et Elmont s’appliquent
également à lui.
James Reginald George Lanyon – Joan Kathleen Lanyon
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Nous avons indiqué ci-dessus les liens familiaux devant exister entre les familles
Croshaw et Lanyon. Nous retrouvons des liens entre eux au niveau de plusieurs
sociétés où ils apparaissent conjointement, tant en Suisse qu’à l’étranger.
James Reginald George Lanyon doit être décédé en 1995 selon ce qui apparaît au
registre suisse du commerce. Nous avons déterminé qu’il a figuré au sein d’au moins
vingt-quatre sociétés en Suisse, dont le détail est décrit en annexe. Alors que son
décès est enregistré pour la société à Genève, dans celles du Tessin, il est
mentionné jusqu’en 1999 et il n’est nulle part fait état de son décès, mais de son
simple remplacement.
A la différence des autres personnes qui nous occupent ici, James Reginald George
Lanyon est apparu dans des sociétés créées en Suisse dès avant 1990, les autres
pour leur part n’en constituant qu’à partir de 1995. Il n’en reste pas moins qu’il a dû
être un partenaire important du groupe qui nous intéresse actuellement.
James Reginald George Lanyon et Kathleen Joan Lanyon administrent ou ont
administré la société Neflior Limited, Dublino, succursale de Lugano,
actuellement dirigée par Giorgio Alfieri, lequel a succédé à Lucio Velo.
Lucio Velo41 a débuté comme avocat au sein de l’Etude Tettamanti &
Spiess. Il a également été membre du conseil d’administration de
Cragnotti & Partners Luxembourg, une des branches off-shore
constituées par Sergio Cragnotti, la main droite de Raul Gardini, le
patron du groupe Ferruzzi.
Outre Giorgio Alfieri en relation avec le couple Lanyon, il faut en premier lieu
mentionner les nommés Adriano Ballabio, Gabriele Balemi et Fausto Bottoli.
41 Cf « Swiss Connection », par Gian Trepp, 1996 Unionsverlag, pages 221-222, 229
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La Suisse
Avant d’aborder la partie relative aux personnes établies en Suisse et siégeant ou
dirigeant des sociétés contrôlées par le groupe de ressortissants anglais liés aux
sociétés du groupe criminel Tambovskaya, il est nécessaire de préciser les liens
directs de ce groupe criminel avec la Suisse que nous établissons sur la base du
registre suisse du commerce. Il en va de même à propos de la société SPAG St-
Petersburg Immobilien und Beteiligungs AG, elle aussi liée au même groupe
criminel russe.
A l’adresse Opelstrasse 20-22 à 64546 Mörfelden-Walldorf/D se trouve le siège de la
SPAG. Cette adresse est également celle de plusieurs sociétés qui lui sont liées,
dont la GB/AG Gesellschaft für Beteiligungen AG, présidée par Dr Klaus Peter
Sauer et dont le vice président est Dr Francisco Jose Guadamillas Cortes.
En Suisse, nous trouvons la société GBAG Schweiz, Industriestrasse 9 à 6301
Zoug, qui a été inscrite le 19 août 1999, dont le but est l’acquisition, l’exploitation et
l’administration de biens-fonds professionnels et industriels, principalement en
Suisse, la participation à d’autres sociétés, peut créer des filiales en Suisse et à
l’étranger. Jusqu’en octobre 2000, la société avait pour président Dr Klaus Peter
Sauer et pour membre Judith Stucki, domiciliée à 8954 Geroldswil/ZH. Depuis lors,
elle a pour administrateur unique Helmut F. Groner, domicilié à 6319
Allenwinden/ZG, lequel siégeait depuis la création de la société.
Rappelons que Judith Stucki est domiciliée Dorfstrasse 143 à
8954 Geroldswil/ZH et qu’elle partage à cette adresse une ligne
téléphonique également attribuée à Dr Francisco Jose
Guadamillas Cortes.
Helmut Ferdinand Groner
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Helmut Ferdinand Groner, originaire de Schaffhouse/SH, domicilié à 6319
Allenwinden/ZG, est avocat et notaire, officiant à l’adresse Industriestrasse 9 à 6301
Zoug où sont domiciliées plusieurs sociétés au sein desquelles il apparaît. Il figure ou
a figuré dans plus d’une quarantaine de sociétés, dont plusieurs n’existent plus.
Certaines étaient actives dans la gestion fiduciaire de participations, d’autres dans le
commerce de matières premières et produits chimiques ou encore dans le négoce
de marchandises de toute nature. Dans ces deux derniers domaines, les personnes
ayant siégé dans les sociétés en questions sont originaires d’Autriche ou de Hongrie.
En annexe, nous énumérons les sociétés dans lesquelles nous avons déterminé la
présence de Helmut F. Groner, à un moment ou à un autre, toutefois, nous ne les
étudions pour l’instant pas en détail, n’ayant pas décelé d’élément intéressant la
présente étude.
Il faut cependant mentionner que, selon un article paru dans le journal suisse
WochenZeitung42, Helmut F. Groner est partenaire de l’agent fiduciaire Bertrand C.
Chollet, dont les activités ont intéressé les autorités italiennes notamment, et qu’ils
ont, tous deux, vendu en 1994 la société MT Mercata Trading SA (ex-ADV AG für
automatische Datenverarbeitung) à Victor Stepanovich Stolpovskikh, protégé
de et par Vladimir Vladimirovich Poutine, ainsi que compagnon et partenaire de
Behgjet Pacolli, le patron de Mabetex Project Engineering SA.
ADV AG für automatische Datenverarbeitung, coquille vide, a été rebaptisée lors
de sa vente en juin 1994 MT Mercata Trading SA, société qui apparaît liée à la
Mabetex Project Engineering SA dans le cadre de la rénovation de bâtiments du
Kremlin et du scandale qui lui est lié. La société est maintenant domiciliée viale
Stefano Franscini 40 à 6900 Lugano, adresse que nous retrouverons plus loin dans
cette étude.
Andrei Vladimirovich Kozyrev
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Andrei Vladimirovich Kozyrev, né le 27 mars 1951 à Bruxelles, a été un conseiller
de Edouard Chevarnadze avant d’être lui-même ministre des Affaires étrangères de
Russie. Menuisier de formation, il a ensuite été élu député à la Douma d’Etat, où il a
souvent brillé par son absence. Il a fait partie de la longue liste de personnes
officielles suspectées d’enrichissement personnel illégal à travers le trafic des Bons
d’Etat (GKO). En 1998, il entre au sein de la direction du groupe pharmaceutique
californien ICN Pharmaceuticals Inc, créé en 1960 et contrôlé par Milan Panic,
ancien Premier ministre de Yougoslavie à l’époque très lié à Slobodan Milosevic,
avec la connivence duquel il avait pu acquérir dans des circonstances douteuses le
principal groupe pharmaceutique yougoslave, Galenika, dont le contrôle fait
aujourd’hui l’objet de procédures judiciaires entre Milan Panic et le nouveau
gouvernement de Serbie.
Andrei Vladimirovich Kozyrev est membre fondateur et actionnaire de plusieurs
sociétés russes contrôlées par le groupe criminel Tambovskaya, comme nous
l’avons déjà relaté auparavant dans la présente étude. En Suisse, il figure au registre
du commerce depuis mars 2002 en qualité de vice président du conseil
d’administration de la société
ICN International AG, Rührbergstrasse 21, 4127 Birsfelden/BL, inscrite le 15 mars
2001, avec un capital-actions de CHF 100’000.–, entièrement libéré, porté en juillet
2001 à plus de CHF 157 millions, avec pour but la fabrication, l’achat et la vente de
produits chimiques et pharmaceutiques. La société est présidée par Milan Panic,
ressortissant des Etats-Unis, résidant à Pasadena/USA, les autres membres étant
42 voir WochenZeitung du 11 janvier 2001, article intitulé « Ein Mafiaexperte, der von nichts weiss » par
Paolo Fusi
Ferenc Bartha, à Budapest/H, Adam Jerney, à Newport Beach/USA, Thomas
Lenagh, à Flemington/USA, Max Brauchli, à Binningen/BL et Jean-François Kurz,
à Trelex/VD.
Remarques
Nous avons vu les liens existant entre le groupe criminel Tambovskaya et
certains dirigeants de la SPAG St-Petersburg Immobilien und Beteiligungs
AG. Nous avons aussi relaté la présence de Philip Mark Croshaw au sein de
sociétés contrôlées par ce groupe criminel et déterminé que Stephen Michael
De Carteret, un partenaire de Croshaw, succède à Markus Rese à la tête de
deux sociétés qui sont liées, voire dépendantes de la SPAG. Finalement, nous
avons rapporté la présence des deux ressortissants britanniques dans de
nombreuses sociétés en Suisse. Il est donc nécessaire d’étudier de façon
détaillée les cas des personnes établies en Suisse et figurant dans les
sociétés contrôlées par les deux Britanniques, et par voie de conséquence, les
personnes établies en Suisse et apparaissant dans les sociétés contrôlées par
les partenaires des deux Britanniques, de même que les autres sociétés où
les personnes établies en Suisse apparaissent aussi.
Cette démarche est indispensable si l’on veut tenter de cerner les
ramifications éventuelles du groupe criminel russe dans notre pays et nous
verrons d’ailleurs que la démarche est loin d’être inutile, puisqu’elle va nous
conduire (ou ramener) vers des structures plus que douteuses.
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